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Gabon : Demande de grâce présidentielle de Théophile Mba Nteme, à Ali Bongo

Incarcéré à la prison centrale de Libreville et accusé d’anthropophagie en 1987, Mba Ntem, avec  ses  33 ans de détention, est l’un des plus anciens prisonniers d’Afrique. Convaincu qu’il n’a jamais mangé de chair humaine, il clame son innocence et demande sa liberté. Le 11 janvier dernier, il a fait parvenir une demande de grâce présidentielle, au chef de l’Etat. Nous publions in extenso sa demande de mise en liberté, parvenue à notre rédaction.

 

Théophile Mba Nteme

Mandat de dépôt 27/04/1987

Motif Meurtre

Condamné audience du 02/11/1987

Objet : Demande d’une mesure de grâce présidentielle

Excellence, votre honneur, Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat,

Je viens très respectueusement par la présente auprès votre Haute autorité solliciter une grâce présidentielle qui me sortira de la prison, conformément à l’article 23 de la Constitution  gabonaise, qui dispose “Le Président de la République a le droit de grâce”.

Monsieur le Président de la République,  le 02 novembre 1988, j’ai  été condamné à la peine capitale (peine de mort) .

 

Gabon : Demande de grâce présidentielle de Théophile Mba Nteme, à Ali Bongo/©DR

Monsieur le Président de la République, après votre arrivée la Magistrature Suprême en 2009, la peine capitale a été abolie au Gabon le 15 février 2010. En effet, l’article 3 de la loi numéro 3/2010  du 15 février 2010 portant abolition de la peine de mort dispose que   “Dans tous les textes en vigueur,  la peine de mort est remplacée par la réclusion criminelle à  perpétuité ou par la détention criminelle à perpétuité”. Depuis 2010, la peine de mort est donc ramenée  à la réclusion criminelle à perpétuité.

Monsieur Le Président de la République, l’article 5 alinéa  2 de la loi susmentionnée prévoit que: “le condamné à la réclusion criminelle à perpétuité ne peut bénéficier d’une mesure de grâce ou d’amnistie, de libération conditionnelle ou de réhabilitation avant d’avoir accompli 30 ans (trente ans ) d’emprisonnement.”

Monsieur le Président de la République, je suis à 34 ans (trente-quatre ans) de prison,  l’article précité peut s’appliquer à moi. En plus, depuis 34 ans que je suis incarcéré à la prison centrale de Libreville, je n’ai jamais fait  l’objet d’une sanction disciplinaire de l’administration pénitentiaire.

Je suis aujourd’hui le plus ancien prisonnier du Gabon et l’un des plus anciens prisonniers encore en détention en Afrique.

Monsieur le Président de la République, mes relations avec les geôliers et mes codétenus sont très cordiales; j’ai beaucoup appris ici en dépit des conditions de détention. J’ai  participé à ma manière à l’amélioration des conditions de détention, car en 1993 j’ai mis en place  la première cellule de prière de l’église catholique en prison. Ma conduite en milieu  carcéral démontre suffisamment ma capacité à me réinsérer dans la société.

Tenir 34 ans de détention, en dépit des mauvaises conditions, est une Grâce Divine.

Monsieur le Président de la République, je suis déjà âgé de 70 ans, je suis du 3e âge. Après 34 ans de prison, je n’ai qu’un seul rêve, celui de recouvrer ma liberté, afin de finir mes jours au côté de ma famille dont le destin m’en a privé depuis 34 ans.

Au sens de la loi, du droit et de la justice, le Président de la République est la seule autorité qui a le pouvoir de décision sur ma situation.

Monsieur le Président de la République,  mon sort repose désormais entre vos mains.

Comptant sur votre humanisme et altruisme, sur la promptitude et de la diligence avec lesquelles vous traitez les sollicitations de vos compatriotes,  je reste sans doute rassuré que ma demande retiendra votre haute attention.

Excellence, votre Honneur

Que le Tout Clément, le tout miséricordieux Dieu Tout- puissant vous bénisse et vous garde.

 Détenu condamné depuis le 2 novembre 1988.

Théophile MBA NTEME

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