L’introduction de BGFI Holding Corporation à la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) marque une étape majeure dans l’histoire du secteur bancaire de la sous-région. Dans un éditorial publié à l’occasion du classement des 40 premières banques africaines, le président-directeur général du groupe, Henri-Claude Oyima, est revenu sur les motivations et les enseignements de cette opération, présentée comme un choix stratégique de gouvernance davantage qu’une simple levée de capitaux.
Par Pierre Mouchard
Une cotation motivée par la gouvernance
Selon Henri-Claude Oyima, l’introduction en Bourse de BGFI Holding ne répond pas principalement à un besoin de financement. Le dirigeant estime qu’un groupe bancaire dispose de plusieurs leviers pour renforcer ses fonds propres, mais que la cotation sur un marché financier impose surtout des exigences accrues en matière de transparence, de gouvernance et de communication envers les investisseurs.
Cette démarche s’inscrit également dans un environnement réglementaire en pleine évolution. La décision de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) de relever le capital social minimum des banques de 10 à 25 milliards de FCFA oblige les établissements financiers à consolider leur structure financière afin de répondre aux nouveaux standards prudentiels.
Une mobilisation inédite des investisseurs africains
L’opération s’est distinguée par une forte adhésion des investisseurs du continent. D’après les chiffres communiqués par le dirigeant de BGFI Holding, 98,7 % des fonds levés proviennent d’investisseurs africains, avec une participation particulièrement importante en provenance du Gabon, du Cameroun, du Congo et de la Guinée équatoriale.
Plus largement, l’introduction en Bourse réalisée le 7 mai 2026 a permis de mobiliser plus de 45 milliards de FCFA auprès de 7 601 investisseurs issus de 24 pays, dont 71,3 % sont des personnes physiques, un niveau de participation rarement observé sur le marché financier de la CEMAC.
Un signal fort pour le marché financier régional
Au-delà de BGFI Holding, cette opération est perçue comme un test grandeur nature pour la capacité de la BVMAC à mobiliser l’épargne régionale et à financer les entreprises d’Afrique centrale.
Pour Henri-Claude Oyima, cette réussite démontre que les marchés financiers de la sous-région peuvent jouer un rôle plus important dans le financement de l’économie, à condition de renforcer la confiance des investisseurs grâce à une gouvernance rigoureuse et à une information financière de qualité.
Une nouvelle culture de l’investissement
L’opération contribue également à démocratiser l’investissement boursier dans une région où les placements demeurent encore largement orientés vers les produits bancaires classiques.
La forte proportion de souscriptions réalisées par des particuliers traduit un intérêt croissant des épargnants africains pour les marchés financiers. Cette évolution pourrait favoriser, à moyen terme, une diversification des sources de financement des entreprises et une plus grande profondeur du marché régional des capitaux.
Une portée qui dépasse le seul groupe bancaire
Au-delà des performances de BGFI Holding, cette introduction en Bourse constitue un indicateur de la maturation progressive du secteur financier de la CEMAC. Dans un contexte marqué par le renforcement des exigences prudentielles et la recherche de nouvelles sources de financement, elle pourrait servir de référence à d’autres entreprises souhaitant accéder au marché boursier régional.
L’opération illustre également l’importance croissante des principes de transparence, de gouvernance et de mobilisation de l’épargne locale dans le développement des économies d’Afrique centrale. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait contribuer à renforcer durablement le rôle des marchés financiers comme levier de financement de la croissance régionale.

