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Gabon: le protocole conclu avec Eramet revoit à la baisse les ambitions initiales de transformation locale du manganèse

La visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France s’est conclue, le 20 juillet 2026 à l’Élysée, par la signature d’un protocole d’accord entre l’État gabonais et le groupe Eramet. Le document prévoit notamment un réaménagement du calendrier et des objectifs liés à la transformation locale du manganèse, l’une des principales ressources minières du Gabon.

Par Pierre Mouchard 

Un calendrier repoussé de deux ans

Lors du Conseil des ministres du 30 mai 2025, le gouvernement gabonais avait annoncé l’interdiction de l’exportation du manganèse brut à compter du 1er janvier 2029, avec pour ambition de développer une capacité nationale de transformation estimée à 2 millions de tonnes par an.

Cette échéance avait été réaffirmée publiquement par le chef de l’État lors d’un entretien accordé à France 24 le 2 juin 2026, au cours duquel il déclarait notamment :

« On a dit 2029. Si rien n’est transformé en 2029, le manganèse ne sortira pas. »

Selon les informations communiquées à l’issue de la signature du protocole du 20 juillet 2026, le nouveau calendrier fixe désormais l’objectif à 2031, tandis que la capacité industrielle visée est ramenée à 700 000 tonnes de minerai transformées par an.

Par rapport aux annonces initiales, cela représente un report de deux années et une révision à la baisse de l’objectif industriel, soit une diminution d’environ 65 % du volume précédemment envisagé.

Un partenariat industriel élargi

Au-delà de la question du calendrier, le protocole prévoit plusieurs engagements destinés à renforcer le partenariat entre le Gabon et Eramet.

Parmi les principales dispositions annoncées figurent :

  • la participation de l’État gabonais au capital d’Eramet SA, à hauteur d’environ 5 %, dans le cadre d’une augmentation de capital de 500 millions d’euros;
  • un programme d’investissements de 225 millions d’eurosconsacré à la modernisation du chemin de fer Transgabonais ;
  • l’entrée du fonds Meridiam au capital de Setrag à hauteur de 40 %, tandis que la participation de l’État gabonais atteindrait 9 %;
  • la poursuite de la politique de gabonisation des postes de direction au sein de Comilog et de Setrag ;
  • le développement d’un écosystème industriel dont l’objectif affiché est la création de 16 000 emplois durables et qualifiés.

Ces engagements s’inscrivent dans la stratégie gouvernementale visant à accroître la valeur ajoutée locale dans le secteur minier et à réduire progressivement les exportations de matières premières non transformées.

Une évolution qui relance le débat sur la stratégie industrielle

Le report de l’échéance intervient dans un contexte où plusieurs contraintes structurelles avaient déjà été identifiées par les acteurs du secteur.

Les besoins importants en énergie électrique, la capacité limitée du réseau ferroviaire, ainsi que les délais nécessaires à la construction d’unités métallurgiques figuraient parmi les principaux défis à relever avant l’entrée en vigueur de l’interdiction annoncée pour 2029.

Pour plusieurs observateurs, le réaménagement du calendrier traduit davantage une adaptation aux réalités industrielles qu’un abandon de la stratégie de transformation locale.

À propos de cette évolution, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, enseignant-chercheur à l’Université Omar Bongo, estime toutefois que la question porte également sur la cohérence entre les engagements publics et leur mise en œuvre.

« Lorsqu’un chef de l’État fixe publiquement une échéance aussi précise, cela engage la crédibilité de la parole publique. Le débat porte désormais sur les raisons qui ont conduit à revoir ce calendrier », analyse-t-il.

Un équilibre entre souveraineté économique et réalisme industriel

Pour le Gabon, cet accord ouvre la perspective d’un renforcement de sa présence au sein de son principal partenaire minier tout en sécurisant des investissements destinés aux infrastructures et à l’industrialisation.

Pour Eramet, le protocole apporte davantage de visibilité sur les conditions de poursuite de ses activités dans un pays qui demeure le deuxième producteur mondial de manganèse.

La principale interrogation reste désormais celle de la capacité des différents partenaires à réunir, d’ici 2031, les conditions techniques, énergétiques, logistiques et financières nécessaires pour respecter cette nouvelle échéance. L’atteinte de cet objectif sera déterminante pour la crédibilité de la politique gabonaise de transformation locale des ressources minières.

Repères

Indicateur Objectif annoncé (2029) Protocole (2031)
Transformation locale 2 000 000 t/an 700 000 t/an
Échéance 1er janvier 2029 2031
Participation de l’État dans Eramet Non prévue initialement Environ 5 %
Augmentation de capital 500 M€
Modernisation du Transgabonais Prévue 225 M€
Emplois annoncés Non chiffrés 16 000

 

 

 

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