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Tribune libre/ PPA : solution anti-délestage sans endetter l’État que le Gabon pourrait adopter

Le Gabon face aux coupures récurrentes d’électricité pourrait accélérer le déploiement des énergies renouvelables grâce au « Power Purchase Agreement ». Un mécanisme qui mobilise le financement privé et s’aligne sur les engagements climatiques du pays.

 Par Louis-Paul MODOSS, Analyste économique

 

 ©D.R

Alors que les délestages continuent de peser sur les ménages et les entreprises gabonaises, une solution se dessine pour renforcer la production énergétique sans alourdir la dette publique : le Power Purchase Agreement, ou PPA.

Ce contrat d’achat d’électricité sur le long terme s’impose en Afrique comme l’un des leviers les plus rapides pour intégrer les énergies renouvelables au réseau. Pour le Gabon, signataire de l’Accord de Paris sur le climat, il représente une double opportunité : économique et écologique.

Le principe : l’État achète, le privé investit

Le PPA repose sur un schéma simple. Un investisseur privé finance, construit et exploite une centrale de production d’électricité-solaire, hydroélectrique ou éolienne. Il s’engage ensuite à vendre l’intégralité de la production à un acheteur, généralement l’État via la SEEG, pendant une durée de 15 à 25 ans, à un tarif fixé à l’avance.

Résultat : l’État n’a pas à débourser l’investissement initial. Il paie uniquement le kilowattheure livré.

« Le PPA permet de transférer le risque de construction et de financement au secteur privé. Pour un pays comme le Gabon, c’est un moyen d’ajouter des mégawatts au réseau en 12 à 18 mois, contre plusieurs années pour un grand barrage« , explique un expert du secteur énergétique.

L’enjeu économique : des délais courts et des coûts maîtrisés

Face à la vétusté du réseau et à la forte dépendance au thermique au gasoil, le PPA offre une réponse immédiate.

Une centrale solaire de 10 à 50 MW peut être mise en service en moins de 18 mois. À titre de comparaison, le coût du kWh solaire avec stockage en Afrique tourne aujourd’hui autour de 40 à 60 FCFA, contre plus de 150 FCFA/kWh pour la production thermique au gasoil.

Trois formats sont envisageables au Gabon :

  1. PPA « Utility Scale » : La SEEG achète l’électricité d’une grande centrale solaire ou hydro pour l’injecter sur le réseau national. Objectif : réduire les coupures à Libreville et Port-Gentil.
  2. PPA « Corporate » : Une entreprise ou une zone industrielle comme Nkok signe directement avec un producteur pour sécuriser son alimentation et baisser sa facture.
  3. PPA « Net Metering« : Des bâtiments publics, hôpitaux ou universités installent du solaire en toiture et revendent le surplus.

Le Gabon a déjà expérimenté cette logique avec le parc solaire de Nkok. Le PPA permettrait de répliquer ce modèle à plus grande échelle.

L’enjeu écologique : tenir les engagements de l’Accord de Paris

En signant l’Accord de Paris en 2015, le Gabon s’est engagé à réduire ses émissions de gaz à effet de serre, à s’adapter aux impacts du climat et à mobiliser des financements pour la transition. Le PPA répond directement à ces trois piliers.

D’abord, il favorise la décarbonation du mix énergétique en substituant le solaire et l’hydro au fioul. Ensuite, il renforce la résilience du système électrique face aux aléas climatiques, notamment en saison sèche. Enfin, il mobilise les financements privés et climat sans passer par l’emprunt souverain.

« Le PPA est l’outil contractuel que les bailleurs de fonds climat exigent aujourd’hui pour financer les renouvelables. Sans PPA solide, pas de financement », souligne un analyste.

Les conditions pour réussir au Gabon

Pour que le modèle fonctionne, plusieurs verrous doivent être levés. Le pays a besoin d’un cadre juridique et réglementaire clair : décret PPA, tarifs de rachat, et garanties de paiement. La solvabilité de l’acheteur est aussi déterminante pour rassurer les banques. Enfin, des investissements dans le réseau de transport et de distribution sont indispensables pour absorber la nouvelle production.

Des pays voisins comme le Sénégal, le Togo ou la Côte d’Ivoire utilisent déjà massivement le PPA pour combler leur déficit énergétique.

Dans un contexte de forte demande et de contraintes budgétaires, le PPA apparaît donc comme une piste crédible pour le Gabon : produire plus d’électricité propre, plus vite, et sans endetter l’État.

 

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