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Editorial/Retards de l’action publique : le passif justifie-t-il encore le présent

Depuis son accession au pouvoir, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema invoque régulièrement l’héritage laissé par 14 ans de gestion d’Ali Bongo Ondimba pour expliquer les lenteurs actuelles. Dette abyssale, administration chaotique, infrastructures dégradées : ce diagnostic répété lors du discours devant le Parlement réuni en Congrès le 15 juin 2026, est devenu un réflexe de communication.

Par Adele Engo

Le constat du passif est partagé par une large partie des Gabonais. Les rapports de la Cour des comptes, les audits et le vécu quotidien confirment les dysfonctionnements accumulés : dette publique élevée, services publics sous tension, retards de paiement. Personne ne nie l’ampleur des dégâts.

Reste une question de fond : jusqu’à quand ce passif peut-il expliquer le présent ?

‎Prendre la tête d’un État, c’est hériter à la fois des dettes et des ressources, des échecs et des leviers d’action. La mission d’un gouvernement est de transformer ce point de départ en résultats concrets pour les populations : écoles livrées à temps, hôpitaux approvisionnés, routes praticables, salaires versés.

‎Or, gouverner ne se fait pas rétroviseur vissé sur le passé. Chaque mois passé à justifier le retard et un mois où une clinique reste en chantier, où un projet d’eau potable est suspendu, où un jeune diplômé attend son premier emploi, les attentes des citoyens se mesurent désormais à l’aune des actes posés, pas des discours sur l’héritage.

‎Le risque est concret : si l’argument du « nous avons hérité » devient la norme, il peut se banaliser à tous les échelons. Demain, un ministre, un directeur général, un maire pourront tout aussi légitimement justifier leurs propres retards par l’administration qu’ils ont reprise. Et le citoyen, lui, restera au même point.

‎L’enjeu n’est pas d’oublier d’où vient le Gabon, c’est de fixer le cap et d’accélérer. Les Gabonais attendent moins d’explications sur les 14 années passées, plus d’initiatives tangibles pour les années à venir. Prioriser les politiques publiques, afficher des délais, rendre des comptes : c’est à ce prix que la confiance se reconstruit.

 

 

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