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Église Évangélique du Gabon : tensions avant le synode, des accusations de manœuvres et d’ingérences

À quelques semaines de l’organisation du synode, l’Église Évangélique du Gabon traverse une zone de turbulences. Des voix au sein de la communauté dénoncent des manœuvres visant à influencer le choix du futur responsable. Au cœur du débat : le respect des textes internes et la question de la souveraineté de l’institution.

Par Ken Pickot

Une audience au Palais, des attentes contrastées 

Selon plusieurs témoignages recueillis, le Président de la République a récemment reçu au Palais une délégation de responsables de l’Église. L’objet officiel de la rencontre : solliciter l’appui de l’État pour l’organisation du synode, instance suprême qui réunit les délégués pour désigner la direction.

Des sources proches de la délégation indiquent que la rencontre portait sur le profil du futur conducteur du processus. Or, au sortir de l’audience, une information a circulé dans la communauté : le président sortant aurait proposé un nom ne correspondant pas, selon certains, aux critères prévus par les statuts de l’Église. Le pasteur Moïse, régional du Ntem, est cité comme la personne que les textes désignent pour conduire le conclave.

Contactés, les responsables de l’Église n’ont pas encore publié de communiqué officiel pour confirmer ou infirmer ces informations. Les statuts et règlements intérieurs de l’Église Évangélique du Gabon prévoient en effet des conditions précises d’éligibilité et de conduite du processus électoral.

Nationalité et gouvernance : la sensibilité du sujet

Autre point soulevé par des fidèles : la nationalité du candidat évoqué. Des publications et messages partagés dans la communauté affirment que l’intéressé serait de nationalité équato-guinéenne, avec une épouse de nationalité camerounaise. Pour une partie des membres, confier la direction d’une Église historiquement ancrée au Gabon à une personne non gabonaise poserait une question de principe.

L’Église Évangélique du Gabon est en effet l’une des plus anciennes institutions chrétiennes du pays. Pour de nombreux fidèles, elle représente un pan du patrimoine spirituel et social national. La question de la direction touche donc une corde sensible : celle de l’identité et de l’autonomie de gouvernance.

Accusations d’ingérence politique

Des noms circulent également dans les échanges internes. René Ndemezo’o Obiang est cité comme intervenant dans les arbitrages, alors même qu’il ne serait pas membre de l’Église Évangélique du Gabon. Il lui est reproché d’avoir déjà tenté d’influencer d’autres institutions par le passé. Sa fille, Nadège Oyé, trésorière nationale, est présentée comme garante des intérêts d’un clan. Jean-Jacques Ndong Ebwagha est aussi mentionné comme soutien.

Ces accusations n’ont, à ce stade, pas été étayées par des preuves publiques ni confirmées par les personnes citées. Elles reflètent cependant un malaise profond : la crainte d’une instrumentalisation politique d’une institution spirituelle.

L’enjeu pour les fidèles

Au-delà des noms et des camps, la question centrale pour des milliers de Gabonais évangéliques est simple : le synode se tiendra-t-il conformément aux textes de l’Église ?

Pour beaucoup, l’Église ne peut pas être « un bien à se partager ». Le risque, s’ils en croient les alertes qui circulent, est double : une crise de légitimité interne et une perte de confiance des fidèles. Dans un pays où la foi structure une part importante de la vie sociale, la stabilité de cette institution dépasse le cadre religieux.

Réactions attendues

Le bureau sortant, le Conseil national et le comité d’organisation du synode sont désormais attendus. Les fidèles réclament transparence, application stricte des statuts et apaisement. Car dans une guerre de succession, c’est toujours la communauté qui paie le prix le plus fort.

 

 

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