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Sogatra: la menace d’une grève illimitée ravive les inquiétudes sur l’avenir du transport public gabonais

 La Société gabonaise de transport (Sogatra) traverse une nouvelle zone de turbulences. Réunis en assemblée générale, les agents de l’entreprise publique ont validé le principe d’un mouvement de grève générale illimitée, susceptible d’être déclenché dans les prochains jours si leurs revendications ne trouvent pas de réponse. Au cœur de la contestation figurent des arriérés de salaires, des accusations d’inégalités de traitement entre salariés et les nombreuses incertitudes entourant le processus de fusion avec Trans’Urb devant aboutir à la création de la Compagnie nationale de transport (CNT).

Par Pierre Mouchard

Une colère alimentée par les retards de paiement

Les représentants des travailleurs dénoncent principalement le non-paiement de deux mois d’arriérés de salaires, une situation qu’ils jugent devenue insoutenable. Ils estiment également que les anciens agents de la Sogatra sont défavorisés par rapport aux personnels issus de Trans’Urb, qui continueraient, selon eux, à percevoir régulièrement leurs rémunérations. Cette différence de traitement nourrit un profond sentiment d’injustice au sein du personnel.

Au-delà des revendications salariales, les syndicats pointent un manque de visibilité sur la réforme en cours du transport public. Ils évoquent notamment l’absence de signature du traité de fusion ainsi que le retard dans la formalisation des avenants aux contrats de travail, éléments jugés essentiels pour garantir les droits et le statut des employés appelés à intégrer la future CNT.

La direction conteste les accusations

Face à ces critiques, la direction générale de la Sogatra rejette toute responsabilité directe dans les retards dénoncés. Son directeur général, Florent Bakita, affirme que seul le salaire du mois de juin 2026 est actuellement exigible et rappelle que l’échéance suivante n’interviendra qu’après le 5 août, conformément aux dispositions du Code du travail.

Selon la direction, les délais observés sont liés au processus de décaissement des crédits par le Trésor public et la Direction générale du Budget. Elle assure que les financements seront mis à disposition dans un délai raisonnable et souligne que les échanges avec les partenaires sociaux se poursuivent afin de trouver une issue au différend.

Une fusion stratégique sous pression

Le climat social intervient alors que le gouvernement poursuit la restructuration du transport urbain avec la création de la Compagnie nationale de transport, issue du rapprochement entre la Sogatra et Trans’Urb.

Cette réforme vise à regrouper les moyens des deux opérateurs publics afin de construire une entreprise plus performante, capable d’améliorer la qualité du service tout en réduisant progressivement sa dépendance aux subventions de l’État. Elle concerne plus d’un millier de salariés et constitue l’un des principaux chantiers de modernisation du secteur.

Pour tenter d’apaiser les inquiétudes, la direction affirme qu’aucune suppression d’emplois n’est envisagée et assure que les acquis sociaux seront préservés dans la future organisation. Elle indique également que le ministre d’État chargé des Transports suit personnellement l’évolution du dossier afin de garantir le respect des engagements pris envers les travailleurs.

Un test pour la gouvernance des entreprises publiques

Cette nouvelle crise sociale dépasse le seul cadre de la Sogatra. Elle met en lumière les défis auxquels sont confrontées plusieurs entreprises publiques engagées dans des processus de restructuration : sécurisation des financements, dialogue social, harmonisation des conditions de travail et conduite du changement.

Une grève illimitée aurait des conséquences directes sur la mobilité quotidienne de milliers d’usagers, particulièrement à Libreville et dans sa périphérie, où le transport collectif constitue un service essentiel.

L’issue de ce conflit dépendra largement de la capacité des pouvoirs publics, de la direction de l’entreprise et des représentants des travailleurs à parvenir rapidement à un compromis. Au-delà du règlement des revendications salariales, l’enjeu est désormais de restaurer un climat de confiance indispensable à la réussite de la future Compagnie nationale de transport et à la continuité du service public.

 

 

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