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Discours du 15 juin/ Décryptage: Entre chiffres d’emplois, Taxi-Gab et BCEG, l’exécution reste le vrai test

22 000 emplois créés, 10 000 jeunes formés, TaxiGab à 800 véhicules, BCEG à 8% de fonds sollicités. Le chef de l’État reconnaît des limites. Le décryptage confronte promesses et indicateurs officiels.  Devant le Parlement réuni en Congrès, Brice Clotaire Oligui Nguema a dressé le bilan à un an de la fin de la Transition. Volontarisme économique, justice sociale, infrastructures. Trois axes, des chiffres, des aveux de limites. Pyramid Médias Gabon confronte le discours à la réalité du terrain et aux données disponibles.

 

Par Adèle Engo

  1. Emploi : 22 000 créations revendiquées, mais 8% de fonds sollicités à la BCEG

Le chef de l’État avance près de 22 000 emplois créés dans le privé depuis la Transition et  Chiffre global, sans détail sectoriel ni source INSEE/ministère du Travail communiqué.

Contradiction terrain avec la BCEG : Le 15 juin, le président a lui-même révélé devant les parlementaires que sur les 20 milliards de FCFA mis à disposition des jeunes entrepreneurs via la BCEG et d’autres mécanismes, seuls 8% ont été sollicités. Soit 1,6 milliard FCFA décaissé sur 20 milliards disponibles.

La BCEG revendique pourtant 7,7 milliards FCFA injectés en 10 mois d’activité à fin octobre 2025, 175 projets financés, 3 100 comptes ouverts. En mai 2026, elle annonce près de 200 entrepreneurs formés en 2025.

Décryptage : L’offre de financement existe, la demande fait défaut. Le président parle de « désintéressement de la part des jeunes pour l’entrepreneuriat » et de « déficit de culture entrepreneuriale ». L’écart entre 22 000 emplois créés et 8% de fonds BCEG sollicités pose la question de l’employabilité vs l’entrepreneuriat : l’emploi salarié progresse, la création d’entreprise patine.

  1. TaxiGab : 1000 véhicules distribués, modèle location-vente sous pression

Programme phare d’auto-emploi. Le ministre des Transports a annoncé l’arrivée de 200 nouveaux « Taxi Gab » portant le parc national à *plus de 1000 taxis.

Modalités officielles : Caution 1,1 million FCFA, redevance journalière 20 000 FCFA pendant 6 jours/semaine, propriété au terme de 2 ans. Objectif : moderniser le transport urbain + créer des entrepreneurs.

Réalité terrain : Des bénéficiaires témoignent de la satisfaction, mais la presse a aussi relevé « les premiers couacs ». Le modèle repose sur une capacité à générer 120 000 FCFA/semaine de redevance + charges + carburant. Dans un contexte de vie chère et de concurrence informelle, la viabilité économique des 1000 chauffeurs reste à documenter. Aucune donnée officielle sur le taux de défaillance, de remboursement ou de véhicules immobilisés.

Critique : L’impact emploi est réel – 1000 emplois directs – mais la transformation en PME structurées dépend de l’accompagnement post-attribution. Le PNPE pilote le dispositif. L’enjeu : passer de « chauffeur » à « entrepreneur de transport ».

  1. BCEG : ambition d’inclusion, exécution en demi-teinte

Créée pour bancariser les PME/TPE et l’informel qui représente 80% des emplois et 50% du PIB, la BCEG a misé sur :

  1. Proximité: 3 agences Grand Libreville, 2 points cash, 1 bureau Port-Gentil. Ouverture de nouvelles agences Oloumi et Carrefour Léon Mba en 2026.
  2. Crédit bonifié : taux à partir de 5% via fonds CATR et FAMAD, contre 13-15% du marché.
  3. Innovation: lancement prochain de la néo-banque 100% mobile « B Cash » pour bancariser via USSD.

Indicateur critique : Le fonds CATR de 6,8 milliards FCFA pour l’aviculture a mobilisé les bénéficiaires en janvier 2026. Une convention de 25 milliards FCFA a été signée le 30 avril 2026 avec le ministère de la Mer pour la pêche artisanale. Or le président reconnaît lui-même « des difficultés de mise en œuvre, notamment dans le domaine de la pêche artisanale ».

Décryptage : La BCEG a les outils et les garanties de l’État : 30 milliards FCFA de garanties via SGG + FAMAD + CARTR. Mais le goulot d’étranglement n’est pas financier, il est capacitaire : projets bancables, formalisation, culture du risque. Les « Grandes Assises de l’école des compétences » annoncées devront répondre à ce déficit.

  1. Social : santé, protection, éducation – promesses vs soutenabilité

Le discours met l’accent sur réhabilitation d’hôpitaux, réforme CNSS/CNAMGS, extension aux indépendants, apurement des arriérés de pensions.

Réalité terrain : La réforme CNSS/CNAMGS est publiquement reconnue « en difficulté » par le président. Sans chiffres de taux de recouvrement, de délai de paiement des pensions ou de déficit actuariel, l’évaluation reste qualitative. L’ambition de faire du Gabon un pôle régional de soins spécialisés se heurte à l’indicateur clé : réduction des évacuations sanitaires. Aucun chiffre de baisse communiqué à date.

En éducation, l’adéquation formation-emploi est posée comme levier. Le test : le taux d’insertion des 10 000 jeunes formés. Donnée non disponible.

Le volontarisme est affiché, l’exécution jugera

Le discours assume une logique d’évaluation : reconnaître les limites de la pêche artisanale, pointer le désintéressement des jeunes pour les fonds BCEG. C’est un point fort.

Mais les indicateurs de réussite du septennat cités par le président lui-même restent à prouver :

  1. Accès eau/électricité: pas de chiffre d’amélioration communiqué.
  2. Création massive d’emplois: 22 000 annoncés, à confronter aux statistiques de la CNSS et de la DGEFP.
  3. Réduction de la vie chère: non chiffrée.
  4. Efficacité réformes sociales:CNSS/CNAMGS toujours en réforme.

TaxiGab et BCEG illustrent la même équation : l’État met l’outil et l’argent. Le terrain doit fournir les entrepreneurs, les projets bancables, la discipline de gestion. Sans suivi chiffré, publié et audité, les promesses de refondation resteront des intentions.

 

 

 

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