Un an après son investiture à la tête de la Ve République, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a livré devant le Parlement réuni en Congrès son premier discours sur l’état de la Nation. Un exercice institutionnel qui s’est rapidement transformé en bilan de l’action engagée depuis la Transition et en feuille de route pour les années à venir.
Par Evariste Ntchimbo
Au-delà des questions politiques et institutionnelles, le chef de l’État a placé l’économie et le social au cœur de son intervention, présentant sa vision d’un Gabon productif, souverain et plus inclusif.
Une économie à reconstruire après le constat d’un héritage fragilisé
Dès les premières minutes de son allocution, Brice Clotaire Oligui Nguema a dressé un diagnostic sévère de la situation héritée du 30 août 2023. Dette publique élevée, chômage important, crise de l’eau et de l’électricité, affaiblissement des services publics et montée de la pauvreté ont constitué, selon lui, les principaux handicaps ayant freiné le développement du pays.
Face à ce constat, le président a revendiqué une stratégie de « refondation » fondée sur le rétablissement de la crédibilité de l’État et la relance des investissements structurants.
Cette approche se traduit notamment par un vaste programme d’infrastructures couvrant les routes, les logements sociaux, les hôpitaux, les réseaux d’eau potable et d’électricité ainsi que les équipements publics.
Le chef de l’État a particulièrement insisté sur les secteurs de l’énergie et de l’eau, identifiés comme des préalables indispensables à toute industrialisation du pays. Il a annoncé plus de 800 milliards de francs CFA d’investissements mobilisés pour le développement de nouvelles capacités énergétiques, tout en reconnaissant les difficultés persistantes liées à la gouvernance de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG).
L’une des annonces majeures du discours concerne d’ailleurs la future restructuration du secteur, avec la perspective d’une séparation des activités de production, de distribution et de commercialisation, ainsi qu’une dissociation de la gestion de l’eau et de l’électricité.
La transformation locale des ressources comme doctrine économique
Sur le plan économique, le président gabonais a réaffirmé une ligne stratégique désormais centrale dans son discours : mettre fin à la dépendance aux exportations de matières premières non transformées.
Selon lui, la richesse potentielle du Gabon ne pourra bénéficier aux populations qu’à travers la transformation locale des ressources naturelles.
Mines, pétrole, gaz, agriculture, pêche, bois ou encore terres rares ont été cités parmi les secteurs appelés à soutenir la diversification économique du pays.
Dans cette logique, le gouvernement mise sur plusieurs projets structurants : exploitation du gisement de fer de Belinga, développement de ports en eau profonde à Mayumba et Kobe-Kobe, construction de nouvelles infrastructures ferroviaires et hydroélectriques, ainsi que renforcement des capacités industrielles nationales.
Le président a également revendiqué une approche économique plus souveraine après les acquisitions des actifs pétroliers d’Assala et de Tullow Oil, permettant à l’État gabonais de devenir le premier producteur national de pétrole.
Une dette élevée mais présentée comme maîtrisable
Le discours a également abordé la question sensible de l’endettement public.
Brice Clotaire Oligui Nguema a rappelé qu’au moment de la Transition, la dette représentait environ 70 % du PIB. S’il reconnaît le poids important de cet endettement, il estime néanmoins que sa restructuration est désormais engagée avec les partenaires internationaux, notamment le Fonds monétaire international.
Le chef de l’État défend une vision pragmatique du recours à l’emprunt, qu’il qualifie de « dette utile », destinée à financer les infrastructures et les investissements productifs plutôt que les dépenses improductives.
Cette orientation traduit une volonté de concilier discipline budgétaire et besoins de développement, dans un contexte où les attentes sociales demeurent fortes.
L’emploi des jeunes au centre des priorités
Sur le front social, l’emploi apparaît comme l’une des principales préoccupations présidentielles.
Le président a rappelé qu’avant la Transition, le taux de chômage des jeunes atteignait 35 % tandis qu’une large partie de la jeunesse évoluait dans l’informel.
Pour répondre à cette situation, plusieurs dispositifs ont été mis en avant : la plateforme PassEmploi241, les programmes de formation professionnelle, le projet TaxiGab ainsi que le développement de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon (BCEG).
Selon les chiffres avancés par le chef de l’État, près de 22 000 emplois auraient été créés dans le secteur privé depuis la Transition, tandis que plus de 10 000 jeunes ont bénéficié de formations dans des secteurs porteurs.
Le président a toutefois reconnu que certains programmes rencontrent encore des difficultés de mise en œuvre, notamment dans le domaine de la pêche artisanale.
Cette reconnaissance des limites observées sur le terrain constitue l’un des aspects marquants du discours, traduisant une volonté d’inscrire l’action publique dans une logique d’évaluation et de correction.
Une politique sociale axée sur les services essentiels
Dans le domaine social, l’intervention présidentielle s’est concentrée sur trois piliers : la santé, la protection sociale et l’éducation.
En matière sanitaire, le gouvernement revendique la construction ou la réhabilitation de plusieurs infrastructures hospitalières, l’amélioration des équipements médicaux et l’augmentation des effectifs de santé.
L’ambition affichée est de faire du Gabon un pôle régional de soins spécialisés capable de réduire les évacuations sanitaires à l’étranger.
Sur le volet de la protection sociale, le président a annoncé la poursuite de la réforme de la CNSS et de la CNAMGS, dont les difficultés de fonctionnement ont été publiquement reconnues.
L’extension progressive de la couverture sociale aux travailleurs indépendants constitue l’une des principales innovations annoncées.
Dans le même temps, l’État entend poursuivre l’apurement des arriérés de pensions et renforcer la soutenabilité financière des organismes sociaux.
L’éducation, enfin, est présentée comme l’un des leviers essentiels de la transformation économique. Le président a plaidé pour une meilleure adéquation entre les formations et les besoins du marché de l’emploi, tout en annonçant la tenue prochaine des « Grandes Assises de l’école des compétences ».
Entre volontarisme économique et défi de l’exécution
Au terme de son intervention, Brice Clotaire Oligui Nguema a cherché à convaincre que le Gabon est engagé dans une dynamique irréversible de transformation.
Le discours met en évidence une cohérence stratégique autour de trois axes : la modernisation des infrastructures, la valorisation locale des ressources naturelles et le renforcement du capital humain.
Cependant, au-delà des annonces et des ambitions affichées, le principal défi demeure celui de l’exécution. L’amélioration durable de l’accès à l’eau et à l’électricité, la création massive d’emplois, la réduction de la vie chère et l’efficacité des réformes sociales constitueront les véritables indicateurs de réussite du septennat.
Une année après la fin de la Transition, le chef de l’État a donc choisi de placer son mandat sous le signe du développement économique et de la justice sociale. Reste désormais à transformer les promesses de refondation en résultats tangibles pour les populations.

