Coface note “D”. Fitch claque un “CCC”. Le Gabon a le manganèse, le pétrole, les projets. Mais les investisseurs fuient. Entre dette à 80% PIB et arriérés de paiement, le message est clair : sans réformes ciblées, la croissance restera à 2%. Voici 5 chantiers concrets pour passer du paradoxe au décollage.
Par Louis-Paul MODOSS, Chroniqueur économique
Le Gabon ne manque ni de richesses, ni d’ambitions. Il manque de confiance. Coface maintient un “climat des affaires D = très élevé”. Fitch bloque la note à “CCC”. Résultat : l’argent va ailleurs. Pendant ce temps, la croissance stagne à 2,4% prévu 2025-2027.
Le diagnostic est posé par la Banque mondiale, le FMI et la BAD. Il est sans appel. Reste la solution : agir vite, sur 5 leviers précis.
Dette et arriérés : rendre l’État crédible, payeur
Le problème : Dette à 78% PIB en 2025, -5,5% déficit prévu. Les fournisseurs publics attendent. Le FMI pointe “antécédents de paiement du gouvernement” comme poison des spreads.
L’effet: Une PME qui n’est pas payé à 90 jours ne réinvestit pas. Un investisseur qui voit des arriérés fuit.
Le geste fort: Publier un tableau de bord mensuel de l’encours des arriérés. Programmer un reprofilage transparent de la dette. La BAD le demande depuis 2025. La crédibilité commence par payer.
Gouvernance et qualité réglementaire : simplifier, prévoir, sécuriser
Le problème : FMI 2024 : “faible gouvernance, qualité réglementaire” = +400 points de base sur le coût d’emprunt vs pays “investment grade”.
L’effet : 10 autorisations pour lancer une usine, délais flous, changement de règles. L’investisseur calcule le risque et renonce.
Le geste fort: Guichet unique 100% digital avec délais opposables. Stabiliser le cadre fiscal sur 5 ans pour les projets miniers/agricoles. La Banque mondiale martèle : “réformes fortes pour attirer l’investissement”.
- Infrastructures : baisser le coût de produire au Gabon
Le problème : Coût de production élevé à cause de l’électricité et du transport. Coupures, voies ferrées perturbées.
L’effet : Transformer le bois ou le manganèse sur place coûte plus cher qu’exporter brut. La diversification reste un slogan.
Le geste fort : PPP pour l’énergie avec objectifs de continuité. Prioriser 3 corridors logistiques : Libreville-Port-Gentil, Franceville-Belinga, Transgabonais. La BAD réclame “renforcer infrastructures de base”.
- Diversification : passer du brut au transformé
Le problème : 97% des exportations = pétrole, manganèse. Quand le baril tombe de 80$ à 60$, tout s’écroule.
L’effet : 20,36% de chômage en 2023. 34,6% de pauvreté en 2024. La rente ne crée pas d’emplois.
Le geste fort : Incitations fiscales fortes pour unités de transformation locale : acier, meubles, engrais. Former les jeunes aux métiers de l’industrie. Coface le dit : le potentiel minier est “sous-exploité”.
- Transparence budgétaire : montrer où va l’argent
Le problème : Dépenses +24% en 2024, masse salariale qui pèse, subventions non ciblées. Le citoyen et l’investisseur ne voient pas la trajectoire.
L’effet : Méfiance. Le “climat D” de Coface cite corruption et accaparement rente.
Le geste fort : Budget citoyen vulgarisé. Audit public des grands projets PNDT. Communication trimestrielle du Ministre des Finances. La confiance se gagne avec des chiffres.
Le coût de l’inaction : rester à 2% de croissance
Banque mondiale : croissance 2,9% en 2024, 2,4% prévu 2025-2027. BAD : essoufflement à 2,1% en 2026. Fitch : dette à 80,4% PIB.
À 2% de croissance avec 3% de population, on s’appauvrit. À “CCC”, chaque emprunt coûte plus cher. Chaque jour sans réforme, c’est une usine qui s’installe au Maroc, pas à Nkok.
Message aux autorités : le temps des déclarations est fini
Le Gabon a tout pour réussir : 1er manganèse mondial, 4e pétrole Afrique, FCFA stable, projets Belinga et Baniaka en 2026.
Mais les capitaux n’ont pas de drapeau. Ils vont là où la règle est claire, où l’État paie, où l’électricité ne coupe pas.
Autorités gabonaises, voici la feuille de route. Pas de discours. Des actes mesurables, trimestriels, publics.
La question n’est plus “avons-nous des ressources?”. La question est “aurons-nous le courage de réformer avant que la dette ne décide pour nous?”
Les investisseurs regardent, le peuple attend, le compteur tourne.

