Docteur en histoire des relations internationales et spécialiste des forces de défense et de sécurité du Gabon, Davy Ndouvé Nguema analyse, dans cette tribune, les fondements et les ambitions de la politique de défense impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. À travers une lecture stratégique de la modernisation des forces armées, du renforcement de la souveraineté militaire et de l’évolution de la doctrine de défense nationale, il interroge la capacité du Gabon à bâtir une armée moderne, autonome et adaptée aux défis sécuritaires du XXIᵉ siècle.
Par Dr Ndouvé Nguema Davy…
« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cette célèbre formule de Clausewitz rappelle que le premier de ces moyens demeure l’armée, garante de la sécurité nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté de l’espace aérien et des approches maritimes. En période de crise majeure, elle apporte son concours aux populations, dans la limite des moyens dont elle dispose.
Lorsque le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, accède à la magistrature suprême le 30 août 2023, l’armée gabonaise fait face à une double difficulté : l’insuffisance de ses équipements et les contraintes budgétaires qui freinent sa modernisation. Le Chef de l’État est alors confronté à un double défi : mettre fin aux dysfonctionnements qui fragilisent les forces de défense et de sécurité et adapter l’outil de défense aux nouvelles réalités sécuritaires, tant nationales qu’internationales. Sa politique militaire s’inscrit dans une vision cohérente, nourrie à la fois par son expérience de militaire et par ses responsabilités politiques. Elle vise à articuler une politique étrangère ambitieuse, fondée sur la préservation de l’indépendance nationale, avec une politique de défense moderne répondant aux nouvelles exigences stratégiques. Dans cette perspective, le Président engage une profonde modernisation des forces de défense et de sécurité grâce à l’acquisition d’équipements sophistiqués, capables d’intégrer les innovations technologiques issues du monde civil, de répondre à l’accélération des cycles d’innovation et de faire face aux défis de la guerre hybride.
Sur le plan intérieur, cette dynamique se traduit par un renforcement significatif des capacités des Forces de Police et de la Gendarmerie nationale : Véhicules, motos, habillement et armement moderne viennent améliorer leur mobilité et leur efficacité opérationnelle. Cette modernisation marque une étape décisive dans la transformation de l’appareil sécuritaire national et illustre la volonté du Chef de l’État de placer la défense au cœur des priorités de son action. Son discours sur l’état de la Nation confirme d’ailleurs cette orientation en réaffirmant la nécessité de disposer de forces en permanence prêtes à faire face à toute éventualité.
Les Forces armées gabonaises (FAG) connaissent, elles aussi, une transformation en profondeur. Elles sont désormais dotées de véhicules tactiques de type Panthera, de blindés, d’armements de précision, de systèmes de communications satellitaires, de moyens d’observation spatiale et de capacités de traitement des données en temps réel. Le corps des sapeurs-pompiers bénéficie également de cette politique de modernisation dans le cadre du programme de développement national.
Pour le Président de la République, il est indispensable que l’État conserve la maîtrise de son outil de défense. D’une part, parce que la défense constitue l’une de ses missions fondamentales ; d’autre part, parce que les intérêts nationaux ne sauraient être entièrement confondus avec ceux de partenaires ou d’alliés, aussi proches soient-ils. C’est dans cette logique qu’a été adopté, lors du Conseil des ministres du 30 avril 2026, un décret portant création d’un atelier national de confection des uniformes des forces de défense et de sécurité. Cette décision, à la fois ambitieuse et stratégique, traduit la volonté de renforcer l’autonomie du pays dans un domaine essentiel. De la même manière, le Président a engagé la reconfiguration du Camp de Gaulle, désormais appelé à devenir une académie de formation accueillant conjointement des militaires gabonais et français. À terme, il souhaite que cette emprise militaire soit rétrocédée à l’État gabonais et porte le nom d’un officier supérieur gabonais, symbole d’une souveraineté pleinement assumée. Cette démarche répond à une conviction simple : si les alliances demeurent indispensables, elles ne dispensent jamais un État de disposer de ses propres capacités de défense.
À l’ère du XXIᵉ siècle, l’indépendance du Gabon suppose qu’il soit en mesure de dissuader toute menace potentielle sans dépendre exclusivement de ses partenaires. Plus largement, le Chef suprême des Armées rompt avec une pratique ancienne consistant à privilégier principalement la Garde républicaine. Sa politique bénéficie à l’ensemble des corps militaires, sans distinction, favorisant ainsi leur montée en puissance depuis son accession au pouvoir. Cette évolution se reflète également dans l’organisation du commandement, où les différents chefs d’état-major disposent désormais d’une place et d’une autorité renforcées, dans un contexte marqué par la professionnalisation des armées. La conception de la défense portée par le Président Oligui Nguema s’inscrit dans une approche globale. Consacrée par la loi de programmation militaire, elle ne limite pas la défense à sa seule dimension militaire, mais insiste sur sa permanence, son unité et sa capacité à répondre, en toutes circonstances, à l’ensemble des formes de menaces et d’agressions.
En définitive, les orientations de la politique étrangère du Chef de l’État déterminent les moyens alloués à la politique militaire et les objectifs qui lui sont assignés. Le défilé militaire de cette année constitue ainsi le reflet de la montée en puissance des forces de défense et de sécurité gabonaises. Plus qu’une simple démonstration de moyens, il représente un véritable signal stratégique adressé à la communauté nationale et internationale : celui d’un Gabon résolument engagé dans la construction d’une armée moderne, souveraine et capable de faire face aux défis sécuritaires de son temps.
…Spécialiste des forces armées gabonaises

