Le transport aérien gabonais traverse une période de fortes tensions. L’entrée en vigueur de nouvelles dispositions prévues par la Loi de finances rectificative suscite de vives inquiétudes au sein des opérateurs du secteur, en particulier de la compagnie nationale FlyGabon, qui estime que leur cumul risque de renchérir le coût des billets et d’affecter durablement la dynamique du transport aérien national.
Par Pierre Mouchard
Parmi les principales mesures contestées figurent l’extension de la redevance passagère aérienne R4 à l’ensemble des aéroports du pays, la réinstauration de la TVA de 18 % sur les vols domestiques, l’augmentation des redevances de sûreté ainsi que la mise en œuvre d’une nouvelle redevance liée au dispositif Securiport. Selon la Loi de finances rectificative, la redevance R4 est désormais perçue sur chaque billet d’avion à destination ou en provenance d’un aéroport gabonais.
Un équilibre économique fragilisé
Pour les compagnies aériennes, ces nouvelles charges viennent s’ajouter à un environnement d’exploitation déjà exigeant, marqué par des coûts élevés de maintenance, de carburant, d’assurance et d’exploitation aéroportuaire. Dans ce contexte, toute augmentation des prélèvements obligatoires est susceptible d’être répercutée, au moins en partie, sur le prix final acquitté par les passagers.
Au-delà des opérateurs, les conséquences pourraient concerner l’ensemble de la chaîne économique. Le transport aérien constitue un maillon essentiel de la mobilité nationale dans un pays où les contraintes géographiques, la densité du couvert forestier et les limites de certains réseaux terrestres rendent les liaisons aériennes indispensables pour les déplacements des personnes, des administrations et des entreprises.
Une hausse durable du coût des billets pourrait ainsi peser sur la mobilité intérieure, les voyages d’affaires, le tourisme ainsi que sur l’attractivité économique du Gabon pour les investisseurs et les partenaires internationaux.
Un arbitrage entre recettes publiques et attractivité
Les nouvelles dispositions fiscales répondent à des objectifs de mobilisation des recettes publiques et de financement des infrastructures ainsi que des dispositifs de sûreté aérienne. Ces objectifs relèvent des prérogatives de l’État et participent au financement des politiques publiques.
En parallèle, les compagnies aériennes soulignent la nécessité de préserver un environnement économique favorable à leur développement afin de maintenir des tarifs accessibles, soutenir la demande et accompagner l’ouverture progressive du marché aérien gabonais.
Cette situation met en évidence un défi majeur : trouver un équilibre entre les impératifs budgétaires de l’État et la compétitivité d’un secteur stratégique pour le développement économique national.
Quelles réponses pour préserver la compétitivité du ciel gabonais ?
Plusieurs leviers pourraient contribuer à renforcer la résilience du secteur :
- instaurer un dialogue permanent entre les pouvoirs publics, les compagnies aériennes, l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) et les gestionnaires d’aéroports afin d’évaluer les effets des nouvelles mesures ;
- publier régulièrement des indicateurs sur l’évolution du trafic aérien, des recettes fiscales et des coûts d’exploitation afin d’éclairer le débat public par des données objectives ;
- assurer une transparence sur l’utilisation des recettes issues des redevances destinées au financement de la sûreté et de la modernisation des infrastructures ;
- comparer la fiscalité du transport aérien gabonais avec celle des autres États de la CEMAC afin de préserver l’attractivité régionale du pays ;
- poursuivre les investissements dans les infrastructures aéroportuaires et l’amélioration de la connectivité, conformément aux orientations de développement du secteur portées par l’ANAC.
Un enjeu de souveraineté économique
Le débat ouvert autour de la fiscalité aérienne dépasse désormais la seule question du prix des billets. Il renvoie à un enjeu plus large de politique économique : celui de concilier les besoins de financement de l’État avec le développement d’un transport aérien performant, accessible et compétitif.
À l’heure où le Gabon affiche son ambition de renforcer sa connectivité régionale et internationale, la capacité des différents acteurs à construire un cadre fiscal équilibré constituera un facteur déterminant pour l’avenir du secteur aérien et, plus largement, pour la compétitivité de l’économie nationale.

