Réunie le 13 mai 2026 autour de la réforme de la parafiscalité, sous la présidence du Vice-président du gouvernement Hermann Immongault, l’administration gabonaise a dressé un constat alarmant : près de 75 % des prélèvements parafiscaux opérés dans le pays échapperaient au circuit légal de l’État. Une situation qui révèle l’ampleur des dysfonctionnements dans le système de recouvrement et met en lumière un important manque à gagner pour les finances publiques.
Par Louis-Paul Modoss, Chroniqueur économique
Selon les conclusions issues de cette réunion, seuls 25 % à 30 % des prélèvements actuellement collectés seraient conformes au cadre fixé par la Loi de finances 2026. Ce diagnostic met en évidence la prolifération de prélèvements illégaux ou non autorisés, souvent appliqués en marge des textes officiels.
Au-delà de l’irrégularité juridique, cette dérive a des conséquences économiques directes. Les charges supplémentaires imposées aux entreprises se répercutent inévitablement sur les prix des biens et services, aggravant ainsi la pression sur le pouvoir d’achat des ménages. Dans un contexte marqué par la lutte contre la vie chère, la question de la parafiscalité devient donc un enjeu stratégique pour la compétitivité des entreprises et la stabilité sociale.
Face à cette situation, le gouvernement entend accélérer la réforme du secteur. Deux orientations majeures ont été fixées par le Vice-président du gouvernement :
- Identifier l’ensemble des prélèvements légalement en vigueur ;
- Examiner les pistes de réforme et les mécanismes de rationalisation déjà existants.
Cette initiative vise à restaurer l’autorité de l’État sur les circuits de perception et à assainir un environnement économique devenu opaque pour de nombreux opérateurs.
La multiplication des prélèvements non conformes soulève également une interrogation majeure sur l’application du cadre légal par certains acteurs administratifs. En principe, toute taxe ou redevance obligatoire doit être prévue par la Loi de finances. Les opérateurs économiques soumis à des prélèvements ne reposant sur aucun fondement légal se retrouvent ainsi dans une situation d’insécurité juridique préoccupante.
La Loi de finances 2026 recense officiellement treize principaux prélèvements parafiscaux et taxes affectées. Toute perception opérée en dehors de ce cadre pourrait être assimilée à une pratique irrégulière, voire à un détournement de ressources publiques. Car si 75 % des prélèvements échappent effectivement aux caisses de l’État, cela représente un déficit considérable pour le financement des infrastructures, des politiques sociales et des projets de développement.
Dans ce contexte, les entreprises sont appelées à renforcer leur vigilance en exigeant systématiquement les bases légales des taxes et redevances qui leur sont imposées. De son côté, l’État devra aller plus loin que la simple identification des prélèvements illégaux.
La réforme devra impérativement s’appuyer sur trois leviers majeurs :
- la digitalisation des mécanismes de recouvrement ;
- la traçabilité des flux financiers ;
- une meilleure communication autour des prélèvements légalement autorisés.
L’objectif est clair : mettre fin aux circuits parallèles, sécuriser les recettes publiques et restaurer la confiance entre l’administration et les opérateurs économiques.
Avec un manque à gagner estimé à 75 % des prélèvements parafiscaux, le Gabon fait face à une véritable urgence budgétaire. La modernisation du système de collecte apparaît désormais comme une nécessité pour garantir une gouvernance financière plus transparente, plus efficace et plus équitable.
Tableau de synthèse des principaux prélèvements parafiscaux et taxes affectées – Loi de finances 2026 du Gabon
| Nature du prélèvement | Base juridique | Taux / Montant | Affectataire / Bénéficiaire | Observations |
| Taxe sur les jeux de hasard | Art. 406 nouveau | 9 % des sommes engagées | État | Applicable aux mises sur jeux de hasard |
| Droits d’accises sur les jeux de hasard | Art. 250 nouveau | 15 % + 100 000 FCFA par appareil | État | Fiscalité spécifique du secteur des jeux |
| Contribution Foncière Unique (CFU) | Art. 278 nouveau | Variable selon valeur et zone | Collectivités locales | Ressource affectée aux collectivités |
| Taxe forfaitaire d’habitation | Arts. 376 à 384 | 500 à 30 000 FCFA (particuliers) ; 1 000 à 50 000 FCFA (entreprises) | Collectivités publiques | Collectée via facture d’électricité |
| Contribution pour l’amélioration du cadre de vie | Arts. 13 à 15 TFNC | 7 % du montant HT de la facture d’électricité | Financement du cadre de vie | Exonération des compteurs sociaux |
| Taxes affectées aux organisations internationales et communautaires | Art. 10 | Variables | Organisations internationales et communautaires | Maintenues même en cas d’exonération douanière |
| Contribution pour les ordures ménagères | Art. 12 TFNC | Abrogée | — | Dispositions supprimées |
| Droit de sortie sur les produits transformés du bois | Art. 51 | 15 % / 10 % / 3,5 % | État | Taxation des exportations de bois |
| Droit de sortie sur les lingots d’or | Art. 7 | 1 % de la valeur en douane | État | Applicable aux exportations aurifères |
| Droit d’importation réduit pour produits des ZIS | Art. 8 | 10 % de la valeur en douane | État | Produits destinés au marché national |
| Droit réduit sur les produits de première nécessité | Art. 9 | 5 % de la valeur en douane | État | Mesure contre la vie chère |
| Droits d’accises sur la téléphonie mobile | Art. 250 nouveau | 5 % | État | Applicable aux appels mobiles |
| Droits d’accises sur les boissons sucrées | Art. 250 nouveau | 5 % | État | Fiscalité comportementale |
| Droits d’accises sur les emballages non récupérables | Art. 250 nouveau | 1 % | État | Fiscalité environnementale |

