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Max Anicet Koumba, un symptôme

Au-delà de ce que représente sociologiquement le Gaulois Max Anicet Koumba sur l’échiquier politique bantou qu’est celui du Gabon, c’est-à-dire peu de chose en somme, il faut s’intéresser au fond du problème. Quel est-il dans le cas d’espèce ? N’est-ce pas de manière évidente celui auquel sont confrontés la plupart des pays d’Afrique centrale et mêmes du continent de manière plus générale ? La multiethnicité des territoires décolonisés. Cette tâche de naissance au moment des Indépendances ressemble à cette malédiction de Lady Macbeth. La multiethnicité est une réalité des jeunes Etats subitement devenus indépendants. Elle est un fait et la nation, une construction.

La multiethnicité, une donnée indélébile, la nation, une construction

Cette donnée a rongé et continue de ronger de nombreux pays : Burundi, Congo, Centrafrique, Côte d’Ivoire, RDC, Rwanda, actuellement l’Ethiopie  etc… Lady Macbeth, envahie par un sentiment de culpabilité et ne pouvant faire disparaître la tâche de sang qui marquait le crime qu’elle avait commis, finira par se suicider. La  multiethnicité est notre « tâche de sang », une donnée de naissance de nos Etats. Mais, ces derniers ne sont pas, comme dans la pièce de William Shakespeare, condamnés irrémédiablement à se « suicider » en faisant couler le sang. Nos Etats peuvent vivre avec. Chacun de nos Etats doit accepter, en quelque sorte, son ADN national, son destin pluricommunautaire. A la différence de M. Max Anicet Koumba (MAK) qui, à l’écouter, renie ce destin et le rejette d’office, à haute et intelligible voix, en stigmatisant dangereusement une partie des bâtisseurs de la nation, « les Pahouins » ? Questions : Que propose MAK ? Doit-on les éliminer ? Et qui s’arrogerait ce « devoir » génocidaire ? Autant de questions qui sont demeurées sans réponse car la parole lui a été retirée par Séraphin Ndaot-Rembogo, le Président du Conseil National de la Démocratie qui dirigeait, ce jour-là, une session de ladite institution. Sommation de quitter la salle, radiation de son intervention des documents de travail qui seront retenus pour cette rencontre du CND, fustigé par le Parti Démocratique Gabonais puis, plus tard, par la déclaration du ministère de l’Intérieur qui a suspendant sa formation politique, le Parti des Gaulois, MAK, attendu devant les tribunaux pour s’expliquer, s’est, pour l’heure, confondu en excuses qui ne sauraient se substituer aux réponses qu’imposent les questionnements formulées plus haut.

à part le PDG et le RPM, silence assourdissant des autres partis

Comme il eut été intéressant d’entendre les réactions de certains acteurs politiques comme Guy Nzouba Ndama qui, en son temps, avait jugé utile de lancer une pétition nationale contre la dépénalisation de l’homosexualité. Silence radio également du côté de l’Union Nationale, trop concentrée certainement sur ses querelles intestines de succession. Seuls le Parti Démocratique Gabonais et le Rassemblement pour la Patrie et la Modernité ont estimé qu’il fallait réagir. Le premier pour souligner son « indignation » face aux propos de MAK qui, selon le porte-parole du PDG, « constitue un message clair adressé à quiconque voudrait remettre en cause ce qui nous unit», et de rajouter : «Une attaque perpétrée contre le vivre-ensemble ne doit pas simplement être perçue comme une attaque contre une communauté mais plutôt contre la Nation et l’histoire». Le parti d’Alexandre Barro Chambrier a clairement dénoncé « les propos nauséeux, haineux et tribalistes ténus par Max Anicet Koumba, Président d’un nébuleux Rassemblement des Gaulois, devant le CND ».

Si peu de réactions de la part de la classe politique gabonaise signifie-t-il que ceux qui ont jugé nécessaire de ne pas réagir estiment que la sortie de MAK n’est qu’une tempête dans un verre d’eau ou, alors, comme le suggère l’ancien Premier Ministre, Raymond Ndong Sima (RNS), sur un post sur Facebook recueilli par notre confrère gabonreview : «Anicet Koumba : Un dérapage verbal de trop ou une sortie calculée ?» Dont les propos, poursuit Ndong Sima « ont le mérite de la clarté et peut-être même de la sincérité», et qu’«au fond, ils dissipent certaines illusions». Et de rappeler «qu’Hitler n’a pas jeté les Juifs au four crématoire d’entrée de jeu… Il les a d’abord déclarés dangereux pour l’Allemagne et responsables des problèmes de ce pays. Il l’a fait devant d’autres Allemands, indifférents ou peut-être gênés, mais en tout cas silencieux» Sans oublier le Rwanda qui «n’a pas basculé en un jour dans le chaosIl y est allé par assauts audacieux». Faisant remarquer, au passage, «le silence de l’immense majorité des autres acteurs politiques du Gabon». RNS, ancien candidat à la Présidentielle de 2016, peu convaincu que la multiethnicité constitue un réel problème dans notre pays,  craint plutôt, comme le relève gabonreview, que l’affaire MAK ne soit qu’un ballon d’essai « pour faire dérailler avant même qu’elle ne commence vraiment, la campagne à venir pour 2023 en l’envoyant sur une fausse piste comme en 2016 avec la question identitaire pour, une nouvelle fois, escamoter le nécessaire débat sur l’état du pays et les solutions qui permettraient de le redresser». Parce que  pour l’économiste RNS «hélas, le problème du Gabon : c’est une crise qui ne choisit pas ses victimes en fonction de leur province, de leur religion, de leur sexe,  de leur ethnie. C’est une dérive qui voit une prédation d’envergure se déployer au détriment des Adouma, Akélé, Apindji, Fang, Punu, Zebi… du moins d’une partie d’entre eux». Pourtant l’ancien Premier Ministre d’Ali Bongo Ondimba reconnait que les propos de MAK «ont le mérite de la clarté et peut-être même de la sincérité», et qu’«au fond, ils dissipent certaines illusions». Mais alors, de quelles « clarté », « sincérité » et « illusions » s’agit-il, pour Ndong Sima ? De la clarté du sentiment anti-pahouin ?

De la sincérité de certains anti-fang, comme MAK, en pionnier qui se dévoile, précédant ainsi des climats génocidaires à venir dans le pays ? De l’illusion de l’unité nationale ? Des questions auxquelles RNS ne répond pas véritablement. Pour lui, le « problème du Gabon » est défini comme un mal qui n’est pas spécifiquement lié à une province, ni à une religion, ni au sexe, ni à une ethnie mais plutôt à une prédation d’envergure, un concept abscons et prudent qui, à la fois, s’interdit d’examiner franchement notre multiethnicité et ne précise pas les responsabilités des uns et des autres quant à la « prédation d’envergure ».

IL Y A 3 ANS, SI VIEILLESSE POUVAIT…

Il y a 3 ans, en 2018, le cercle des Notables composé de Jules- Aristide BOURDES OGOULIGUENDE, Paul MALEKOU, Louis-Gaston MAYILA, Paul MBA ABESSOLE, David MBADINGA, et de Richard MOULOMBA MOMBO, à l’orée des législatives et locales de la même année était plus précis. Il optait pour une autre lecture de la crise gabonaise: « Nous sommes, sur cette terre gabonaise, un nombre important de communautés dont nous devons, avec le maximum de sérieux, bâtir une Alliance irréversible. Cela suppose que nous prenions en compte leur identité, que nous intégrions leurs apports particuliers à notre système de démocratie. » Par ailleurs, il surlignait les différents ratés dans l’histoire du Gabon qui ont empêché les Gabonais de solidifier cette « Alliance irréversible ». « Nous avons donc des efforts à faire pour bâtir notre propre système démocratique ». Ces notables ont insisté sur deux ratés.

Le premier, notre accession à l’Indépendance où les Gabonais étaient, explique-t-il « divisés en deux camps: l’un composé des partisans de l’indépendance immédiate, l’autre de ceux pour l’indépendance après une expérience sous le régime de Département d’Outre-mer… C’est ainsi qu’en janvier 1960, un partisan pour l’indépendance immédiate affirma avec force la volonté de son camp d’accéder à l’indépendance toute de suite. Et, au mois de février de la même année, un partisan de l’indépendance après une expérience sous le régime de Département d’Outre-mer fit une déclaration contraire…Ironie de l’histoire, ce sont finalement les opposés à l’indépendance immédiate qui sont devenus les gérants de notre Indépendance jusqu’aujourd’hui. Car, lorsque le Président Léon Mba…voulut proposer, pour le Gabon, un statut de département d’outre-mer, on lui  répondit : « Non, non, l’indépendance pour tout le monde! » Nous étions à nous quereller, comme des enfants, alors qu’ailleurs on décidait de notre sort. Devons-nous encore adopter, présentement, notre comportement en 1960 ? »

Second raté,  » la Conférence Nationale du 23 mars au 19 avril 1990… comme en 1960, on n’a pas réussi à parvenir à des consensus forts pour marquer l’avenir de notre pays. Quelques mesures, en réalité marginales, furent prises pour un futur incertain. En fin de compte, ce tournant fut raté lui aussi. Car, le 19 avril 1990, date à laquelle le Président de la République devait prononcer le discours de clôture de ces assises, nous nous sommes trouvés divisés en deux camps dans deux salles différentes. D’un côté, les partis et les associations politiques prétendus de la majorité, et de l’autre, ceux considérés comme de l’opposition. C’est ainsi que chacun regagna ses pénates. Mais le Gabon n’avait pas réellement avancé. La suite nous l’a bien montré. Aucune élection ne fut organisée avec toutes les garanties de transparence. Rien d’étonnant avec toutes les contestations que nous avons connues jusqu’aujourd’hui ».

C’est pourquoi, le Cercle des Notables concluait qu’« au-delà de l’organisation des élections, il y a le problème des relations entre nous. Nous sommes divisés : à l’intérieur de nos communautés, de nos partis politiques, de nos familles et même à l’intérieur de nous-mêmes… Cet état de chose doit être prioritairement changé…C’est pourquoi nous préconisons, avant d’entreprendre quoi que ce soit, une Réconciliation Nationale. Nous avons besoin de nous parler, de nous apprécier à nos justes valeurs  pour pouvoir décider sereinement ensemble. » Des orientations frappées au coin du bon sens qui semblent tomber dans des oreilles de sourds, à l’instar de Max Anicet Koumba qui n’est qu’un symptôme. Et le dictionnaire nous en donne une définition du symptôme : Il permet de deviner un état de fait à venir ou mal connu. Un exemple : Le symptôme d’une grave crise (inter)nationale.

IL Y A 5 ANS

Il y a 5 ans, le Dialogue d’Angondje avait engagé cette voie de rétablissement du calme dans le pays. Radicalismes du menton, extrémismes, jusqu’auboutismes, insultes, quolibets, se sont farouchement opposés à cette initiative de réconciliation nationale nécessaire dans une nation multiethnique en construction qui venait de vivre les moments tragiques de la présidentielle de 2016. Comme quoi les extrêmes se rejoignent.

Stéphane MWAMEKA

 

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