Alors que la santé demeure une mission régalienne de l’État, la montée en puissance des cliniques privées et la dégradation des structures publiques installent au Gabon une concurrence silencieuse mais frontale, révélatrice d’un système à deux vitesses où le droit à la santé se heurte aux réalités du marché. Dans cette tribune, Bridon J Itonda-Hangoue 4 Juriste privatiste, étudiant en Master Droit Membre de l’Association des élèves et étudiants du département de la Zadié, alerte sur les conséquences de cette situation, qui selon lui révèle les failles du système sanitaire dans le pays.
Par Bridon J Itonda-Hangoue 4…

Une scène profondément révélatrice s’est produite aujourd’hui dans un établissement public de santé. Des enfants sont venus récupérer leur mère, hospitalisée et prise en charge non pas par des médecins titulaires, mais essentiellement par des externes, ces étudiants en médecine encore en formation. Une situation qui soulève de nombreuses interrogations sur l’état du système hospitalier public et sur les conflits d’intérêts qui semblent progressivement l’affaiblir.
Au cœur du problème se trouve une réalité de plus en plus visible : le délaissement des structures publiques par une partie du personnel soignant qualifié. Théoriquement affectés dans les hôpitaux publics pour assurer les soins des populations, plusieurs praticiens consacrent désormais l’essentiel de leur temps et de leur énergie à leurs cliniques privées ou à des établissements partenaires. Résultat : dans les services publics, les patients se retrouvent souvent entre les mains d’externes ou de jeunes stagiaires, livrés à eux-mêmes face à des responsabilités qui dépassent parfois leur niveau d’expérience.
L’ironie de cette situation réside dans le fait que cette mère, faute d’une prise en charge satisfaisante à l’hôpital public, a finalement été orientée vers une clinique privée. Autrement dit, l’institution censée garantir l’accès aux soins devient parfois un simple point de transit vers le privé. Une orientation qui nourrit un sentiment d’injustice chez de nombreux citoyens, surtout lorsque les médecins travaillant dans le public possèdent eux-mêmes des intérêts dans ces structures privées.
Ce phénomène pose un véritable problème éthique. Comment garantir une prise en charge équitable lorsque ceux qui devraient renforcer l’hôpital public semblent davantage investis dans des structures privées plus rentables ? Le risque est grand de voir se développer une médecine à deux vitesses : d’un côté, une population modeste contrainte d’attendre dans des services publics sous-équipés et sous-encadrés ; de l’autre, des cliniques privées bénéficiant de l’expertise et de la disponibilité des meilleurs praticiens.
Les externes et étudiants en médecine ne doivent pas devenir les substituts permanents d’un personnel absent. Leur rôle est d’apprendre, d’assister et de se former sous supervision, non de porter seuls le poids d’un système fragilisé par les intérêts économiques et le manque d’encadrement.
Cette situation interpelle directement les autorités sanitaires. La santé publique ne peut être sacrifiée au profit d’intérêts privés. Il devient urgent de renforcer le contrôle des affectations, d’améliorer les conditions de travail dans les hôpitaux publics et surtout de restaurer la confiance des patients dans un système qui devrait d’abord protéger les plus vulnérables.
Car lorsqu’une mère hospitalisée finit par être récupérée par ses enfants pour être conduite ailleurs, ce n’est pas seulement une famille qui perd confiance : c’est tout un système qui révèle ses failles.
…Juriste privatiste, étudiant en Master Droit Membre de l’Association des élèves et étudiants du département de la Zadié

