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Gabon : Franck Nguema appelle à une réforme profonde de la Cnamgs

Au-delà du nombre d’assurés, la question de l’accès réel aux soins s’impose désormais comme le principal défi du système gabonais d’assurance maladie. Franck Nguema, ancien membre du gouvernement appelle à une réforme profonde de la CNAMGS, à la lumière des conclusions du rapport 2025 de l’OMS.

Par Pierre Mouchard

 Le rapport annuel 2025 de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) continue de susciter de vives réactions au Gabon. Au cœur des débats : l’évaluation du système national d’assurance maladie et, plus particulièrement, les performances de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).

Dans un point de presse tenu ce lundi 8 juin 2026 à Akanda, l’ancien membre du gouvernement,  actuellement conseiller municipal pour le compte de la commune d’Akanda,  Franck Nguema a appelé à dépasser les polémiques qui ont émergé après la publication du document de l’OMS. Selon lui, le rapport n’établit nullement que la CNAMGS constituerait une « arnaque », comme certains commentaires relayés sur les réseaux sociaux ont pu le laisser entendre.

©P.M.G

En revanche, il estime que le diagnostic posé par l’organisation internationale met en évidence une faiblesse structurelle du système gabonais : l’écart entre la couverture administrative et l’accès effectif aux soins.

Une couverture élevée sur le papier, mais des limites dans la réalité

D’après les données reprises dans le rapport de l’OMS, près de 76 % de la population gabonaise est enregistrée dans le système d’assurance maladie. Ce niveau place le pays parmi les plus avancés du continent en matière de couverture sanitaire universelle.

Toutefois, l’organisation souligne que cette couverture « nécessite une réforme d’urgence » dans la mesure où elle ne permet pas encore à l’ensemble des bénéficiaires d’accéder à des services de santé complets et de qualité.

Pour Franck Nguema, cette distinction est fondamentale. Il oppose ainsi la « couverture nominale »-matérialisée par l’inscription administrative et la possession d’une carte d’assuré- à la « couverture effective », qui suppose un accès réel aux consultations médicales, aux médicaments, aux hospitalisations et à des délais de prise en charge acceptables.

Cette lecture rejoint une problématique largement documentée dans les systèmes de santé de nombreux pays en développement : l’extension quantitative de la protection sociale ne garantit pas nécessairement une amélioration concrète de l’accès aux soins.

Une réforme de gouvernance plus qu’une remise en cause du modèle

Créée en 2007, la CNAMGS constitue l’un des piliers de la politique sociale gabonaise. Son champ d’intervention dépasse la seule assurance maladie, puisqu’elle participe également à la protection des populations économiquement faibles et à plusieurs mécanismes de solidarité nationale.

Si son existence n’est pas remise en cause, son mode d’évaluation pourrait, selon l’ancien responsable politique, évoluer en profondeur. Plutôt que de mesurer les performances à travers le nombre de cartes délivrées ou d’assurés enregistrés, il propose de privilégier des indicateurs de résultats : taux réel d’accès aux soins, disponibilité des médicaments, rapidité de prise en charge, reste à charge des ménages ou encore taux de renoncement aux soins.

Une telle orientation s’inscrirait dans les standards désormais privilégiés par les grandes institutions internationales, qui accordent une importance croissante à l’impact concret des politiques publiques sur les populations.

Le défi de la prochaine décennie

Au-delà du débat technique, l’enjeu apparaît également politique et social. Selon l’analyse développée lors de ce point de presse, le décalage entre les attentes des assurés et la réalité de leur prise en charge risque d’éroder progressivement la confiance des citoyens envers le système national de solidarité. Franck Nguema plaide ainsi pour l’instauration d’une « Garantie nationale de couverture effective des soins », qui viendrait compléter les réformes déjà engagées autour de l’extension de la couverture maladie universelle et du renforcement du rôle stratégique de la CNAMGS. Cette proposition intervient alors que les autorités gabonaises poursuivent l’élargissement du dispositif, notamment avec l’ouverture récente du Fonds 4 destiné aux travailleurs indépendants et aux assurés volontaires.

Au fond, le débat soulevé par le rapport 2025 de l’OMS dépasse la seule question du nombre d’affiliés. Il interroge la capacité du système gabonais à transformer une couverture administrative largement étendue en un droit effectif à la santé. Car, pour de nombreux observateurs des politiques sanitaires, le véritable indicateur de succès d’une assurance maladie universelle n’est plus seulement le nombre de personnes enregistrées, mais le nombre de patients qui reçoivent réellement les soins auxquels ils ont droit.

 

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