Le projet de modernisation de l’aéroport international Léon Mba de Libreville suscite de vives tensions entre les autorités gabonaises, le concessionnaire GSEZ Airport et plusieurs acteurs du transport aérien. En cause : l’entrée en vigueur, depuis février 2026, d’une nouvelle redevance passager baptisée « R4 », dont l’impact se fait déjà ressentir sur le coût des billets d’avion et sur l’activité du secteur aérien gabonais.
Par Louis Paul Modoss, Chroniqueur économique
Entre ambitions de modernisation et contestations du secteur aérien
Selon des informations publiées par le média spécialisé Africa Intelligence, cette redevance aurait entraîné une hausse moyenne de 25 % du prix des billets au départ et à destination de Libreville. Une augmentation qui intervient dans un contexte économique marqué par la vie chère et qui alimente les critiques des compagnies aériennes ainsi que des organisations professionnelles du secteur.
Un financement devenu plus coûteux
D’après le concessionnaire GSEZ Airport, cette nouvelle taxe vise à financer la construction du futur terminal de l’aéroport international Léon Mba, un projet présenté comme stratégique pour renforcer les capacités aéroportuaires du Gabon et améliorer son attractivité régionale.
Initialement estimé à 202 milliards de FCFA, le coût du projet aurait été réévalué à 259 milliards de FCFA après le retrait du financement de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC). Le concessionnaire a alors dû se tourner vers Afreximbank pour boucler le financement du chantier, entraînant une hausse du coût global du projet.
Les autorités et le concessionnaire défendent ainsi une mesure jugée nécessaire pour assurer la viabilité financière des infrastructures à venir et répondre aux standards internationaux du transport aérien.
Des interrogations sur la gestion des fonds
Au-delà de l’augmentation tarifaire, plusieurs acteurs du secteur s’interrogent sur les modalités de gestion des recettes générées par cette redevance. La question de la domiciliation des fonds cristallise particulièrement les critiques.
Selon les informations disponibles, les revenus issus de la taxe « R4 » devraient être domiciliés auprès de BGFI Bank, un établissement financier privé. Un choix qui suscite des interrogations sur les mécanismes de contrôle, de transparence et de gouvernance entourant la collecte et l’utilisation de ces ressources financières.
Cette situation intervient alors que les enjeux de transparence dans la gestion des infrastructures publiques et parapubliques demeurent particulièrement sensibles dans plusieurs pays africains.
L’IATA dénonce un manque de concertation
L’Association internationale du transport aérien (IATA) conteste également la mise en place de cette redevance. L’organisation estime que la mesure aurait été adoptée sans concertation suffisante avec les compagnies aériennes et les acteurs du secteur.
L’IATA plaide régulièrement pour une meilleure coordination entre États, gestionnaires aéroportuaires et transporteurs afin d’éviter des hausses tarifaires susceptibles de fragiliser la compétitivité du trafic aérien africain, déjà confronté à des coûts d’exploitation élevés.
Plusieurs compagnies opérant à Libreville auraient d’ailleurs réduit certaines fréquences ou suspendu temporairement certaines dessertes, dans un contexte de ralentissement du trafic aérien.
Un risque pour l’attractivité du Gabon
Cette situation pourrait constituer un défi supplémentaire pour les ambitions du Gabon en matière de développement touristique et économique. Le gouvernement affiche depuis plusieurs années sa volonté de promouvoir la destination Gabon et de renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs et des voyageurs internationaux.
Or, la hausse des coûts du transport aérien pourrait freiner cette dynamique, notamment sur un marché régional déjà sensible aux variations tarifaires.
Pour plusieurs observateurs du secteur, une concertation approfondie avec les compagnies aériennes, les organisations professionnelles et les autorités de régulation aurait permis d’aboutir à des mécanismes de financement plus équilibrés, conciliant modernisation des infrastructures et préservation de la compétitivité du transport aérien gabonais.
En attendant, ce sont principalement les passagers qui subissent les conséquences directes de cette hausse des tarifs, dans un contexte où le pouvoir d’achat reste sous pression.

