Le conseil économique, social et environnemental du Gabon s’est illustré il y’a quelques jours avec l’organisation très remarquée d’une conférence portée sur, cette fois, une problématique aussi sensible que cruciale dans la société gabonaise à savoir, le phénomène avilissant et barbare désigné par le vocable crime rituel.
Par Jean Hilaire Biteghe; Journaliste d’investigation
Crimes et assassinats, une réalité qui varie mais ne change pas
Cette rencontre qui a vu la présence de presque toutes les catégories de la société a été enrichie par la participation éloquente et manquante de plusieurs experts liés aux questions de troubles et déviances sociétaux qui, depuis bien longtemps, dégradent profondément notre vivre ensemble. Les sociologues dans les faits, juristes de profession et de fonction et criminologues de pensée ont chacun apporté un peu du leurs lors de ces différents échanges.
Ce fut des moments où l’émotion et la raison se bousculèrent. Des explications Psychosociologiques, aux raisonnements juridico-opérationnels, tout ceci ponctué par des témoignages et autres récits venant appuyer non seulement la profondeur de ce macabre phénomène mais aussi et surtout les dégâts causés par ces faits dans une multitude de familles gabonaises.
Les crimes, assassinats et autres disparitions funestes au Gabon ne datent pas d’hier. Le pays a toujours été gangrené par ces actes affligeants qui ont toujours été imputés aux personnes d’influence. Soit, pour conquérir plus de pouvoir ou pour le conserver beaucoup plus longtemps, au mieux à vie ! Ainsi, le Gabon a connu des assassinats dit politiques sous fond de rivalité pour la recherche de l’hégémonie et c’est toujours sous le prisme de mort violente ou de disparition sans appel et sans lendemain.
Puis il y eut le temps des coupeurs de routes (les fameux Mimbeng) avec leurs cortèges d’enlèvement. Le pays a aussi connu la mystérieuse » Voiture noire » ( couleur des véhicules du pouvoir), toujours tagués en véhicules de haut standing, commises en instruments pour enlèvements d’abord dans de grandes agglomérations, puis dans tous les recoins du pays. Le mystère de la voiture noire véritablement épaissi par la singularité de son appellation et de sa désignation à savoir l’article » LA » alors que sa description épousait toutes les marques et gabarits de véhicules au point que tout véhicule de couleur noire pouvait être là fameuse » voiture noire »!
Crimes rituels et crimes de sang, l’arbre qui cache la forêt
Si le sort réservé aux différentes victimes était à plus de 90% connu de la société, le pourquoi et le comment l’étaient moins car, certains cas, comme celui de l’abbé Jacques à Ndjolé restait lors des faits, sans explications rationnelles en dehors du manteau du mysticisme et de la lutte des croyances. C’est pour dire que, ces différents crimes et assassinats, meurtres et enlèvements, dans la majorité des cas à l’époque, étaient classés dans le registre du grand banditisme et cela se passait à n’importe quel moment de l’année sans qu’une période ne soit particulièrement indexée ou jugée propice.
Là où le phénomène revêt une autre connotation et que ces différentes opérations narguent en se dressant en véritable organisation criminelle puissante et couverte d’une impunité certaine, c’est semble-t-il ce genre de non pénalisation de faits rampant, même quand des nombreux faisceaux d’indices peuvent mener jusqu’aux véritables auteurs, complices et commanditaires. Le fameux triangle infernal décrit par le brillant et attachant haut magistrat le Dr Eddy Narcisse Minang, ci devant, procureur général à la cour d’appel du TPI de Libreville.
Cette association tripartite au minima, centre névralgique de ce que l’on désigne désormais au Gabon comme CRIMES RITUELS, fonctionne en nébuleuse au point où, on peut voir les mains et les bras qui exécutent et refuser de voir les visages qui les utilisent. Alors, pour dissimuler ces mains et ses bras pleins de sang, les tenants d’un certain pouvoir, ces sachant obscurs couvrent cette nébuleuse d’un nuage bien noir, distillant dans la société des ensembles suivistes, la qualification déjà consacrée de ces actes abominables à savoir: crimes rituels, empêchant ainsi d’autres intelligences à orienter leurs cogito ailleurs et osé poser la simple question suivante : Et si ce n’étaient pas toujours des crimes rituels ou de sang, et s’il y avait peut-être autre chose de cachée derrière cette appellation somme toute générique, » CRIMES RITUELS ».
Business ou rituel de anthropophage, le pouvoir du sang
Dans les rites et traditions du Gabon tout comme dans ses différents US et COUTUMES, ni crimes rituels ni de sang n’ont aucun droit de citer dans leurs pratiques. Pour les connaisseurs, la cosmogonie d’un peuple issu de l’EAU et de L’AIR, n’arpente pas le chemin du sang, ainsi parlent les anciens et les gardiens mais cela n’exclut non plus que les déjantés spirituelles adoptent, avec une certaine frénésie, les pratiques spiritistes venues d’ailleurs, au point d’en faire une religion, c’est bien pourquoi, il ne faudrait pas écarter l’effectivité des crimes rituels ou de sang au Gabon mais bien au contraire, l’intégrer pour mieux lutter contre. Mais, est ce tout ?
Ceci dit, les pratiques d’enlèvements, de prélèvements d’organes humains avant qu’ils ne cessent de fonctionner (cœur, reins et tous autres susceptibles d’être greffés ou implantés ailleurs), peuvent être affectés pour autre chose que des rituels de sorcellerie ou une croyance diabolique. Tout comme je ne fais aucun lien avec les prélèvements des sexes, seins, globes oculaires tout comme des corps empaillés retrouvés sur les scènes de ces crimes.
Quelle signification peut-on donner à ces actes si ce n’est brouiller les pistes pour empêcher d’aller voir ailleurs. Quelle cohérence dans le fonctionnement psychique de ces assassins à moins que tous ne soient des psychopathes- schizophrènes et bien plus, et si c’était le cas, la sécurité publique aurait déjà mis le grappin sur cette équipe de la mort et notre justice aurait fait son job sans interférence aucune.
Mais en réalité, il peut aussi avoir une autre explication à ces nombreux actes criminels, qui ne soient pas , banalement rituels par exemple : la vente des organes humains qui rapporte également beaucoup d’argent autant pour les politiciens en quêtes de moyens pour l’électorat, d’où les points culminants relevés par l’homme de lois Eddy Narcisse Minang, lors de sa courageuse intervention sur le sujet, au Conseil économique social et environnemental à savoir, ces événements malheureux atteignent leur pic avant et pendant les campagnes électorales et à l’orée des formations ou remaniements des gouvernements de la République.
Évidemment, des périodes propices aussi, pour les marchands d’organes humains qui, dans l’angle mort des politiciens, mènent leurs » battues » en toute quiétude sachant que chaque disparition ou corps dépecés découverts, seront directement attribués aux politiques avides de poste et de pouvoir plus que de l’argent. Et si nous élargissons notre champ de vision et de réflexion.

