Cette Gabonaise discrète dans la vie de tous les jours, mais très active sur le triple plan universitaire, scientifique et intellectuel, aura marqué les esprits dans le monde par ses travaux scientifiques d’une actualité indéniable. Il est bien connu en effet, que son orientation intellectuelle et scientifique en tant que Spécialiste de Lydia Cabrera, l’a amenée à établir un pont culturel et historique entre l’Afrique et les Amériques : avec un focus sur l’Afrique centrale pour ce qui est du volet relatif au continent africain. La professeure des universités Élisabeth Oyane Megnier a su lier sa vie professionnelle et familiale car, en dehors de sa vie universitaire et professionnelle dont l’impact traverse les continents et laisse des traces indélébiles. Décédée le 21 janvier 2026 à Libreville dès suite de maladie, Oyane Megnier laisse derrière elle une fille et deux garçons, ainsi que cinq petits-enfants. La défunte était originaire de Minvoul, dans la province du Woleu Ntem
Par Jean Hilaire Biteghe
En effet, s’il est bien vrai que c’est l’Afrique de l’Ouest qui le plus souvent mise en avant dans les liens culturels entre l’Afrique et les Amériques : le Pr Elisabeth Oyane-Megnier a pris le risque intellectuel d’examiner un tout autre volet : notamment la place de l’Afrique centrale et de l’univers culturel des Peuples parlant des langues dites bantu. Cette vision originale a payé, puisque ce pan des recherches de l’Histoire Africaine connait désormais un regain d’intérêt.
Le Pr Elisabeth Oyane-Megnier a réussi à faire la démonstration scientifique de ce que les deux figures symboliques que sont la figure géophysique de la montagne et la figure animalière de la tortue sont le propre de la culture traditionnelle des Peuples vivant en Afrique centrale et parlant des langues dites bantu. Une lecture des travaux scientifiques similaires effectués par d’éminentes personnalités universitaires : tant en Afrique, que dans les Amériques, autorisé à reconnaître le génie du Pr Oyane -Megnier.
Un autre volet de ses travaux, plus inclusif, est la remise en cause de la mise sous le boisseau de la femme dans les différentes versions de la tradition orale du Peuple Fang. De nombreux auteurs en effet, avaient tendance à prétendre que la place de la femme est très secondaire, donc quasi inexistante dans la culture fang.
Mais le Pr Oyane-Megnier a pris le contre-pied de cette approche : en s’appuyant entre autres : sur l’épopée Mvett (Mvet’ ou Mver), ainsi que sur de nombreux contes fang dont certains ont été publiés à la première décennie du 20e siècle par le Révérend Père Henri Trilles ; et sur certains autres, qu’elle connaissait directement : ayant baigné dans la culture fang dans son enfance, pour avoir directement connu la chaleur de sa grand-mère maternelle, entre autres.
Une lecture attentive de ce riche patrimoine culturel fang, permet de relever incontestablement que la femme occupe une place centrale dans la culture et la tradition du Peuple fang.
Comme nous pouvons le constater, le Pr Oyane-Megnier a apporté à la recherche scientifique et universitaire, une fraîcheur certaine dans l’examen de certaines questions : sans absolument aucune crainte de heurter des susceptibilités nées de plusieurs années d’approches fautives et / ou erronées dans le rapport direct à un objet qui est pourtant sous la main : du moins à partir les différents versions publiées de l’épopée Mver, tant au Gabon, qu’au Cameroun ou en Guinée Équatoriale.
Le Pr Oyane-Megnier examinait particulièrement depuis plus de 20 ans, l’apport théorique de la Guinée Équatoriale, à partir des sources précieuses constituées par les écrits de l’auteur équato-guinéen Éyi Nkoghe dont l’œuvre bénéficie de nombreuses études de grande valeur.

