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Le Gabon entre au capital d’Eramet : souveraineté économique ou défi de gouvernance ?

Le Gabon a officialisé son entrée au capital du groupe Eramet, maison mère de Compagnie Minière de l’Ogooué, acteur majeur de l’exploitation du manganèse à Moanda. Cette opération s’inscrit dans la stratégie nationale de transformation locale des ressources minières et de montée en puissance industrielle. Entre souveraineté économique, création de valeur et impératif de transparence, cette nouvelle étape soulève d’importants enjeux économiques et institutionnels.

 

Par Louis Paul MODOSS- Chroniqueur économique

Une montée au capital à forte portée stratégique

Le gouvernement gabonais poursuit sa volonté de renforcer son contrôle stratégique sur l’exploitation des ressources naturelles du pays. L’entrée officielle du Gabon dans le capital d’Eramet marque une évolution importante dans les relations entre l’État gabonais et l’un des principaux groupes miniers opérant sur le territoire national.

Cette opération intervient dans un contexte de redéfinition des politiques minières africaines, où plusieurs États cherchent désormais à dépasser le modèle traditionnel d’exportation de matières premières brutes.

Le manganèse occupe une place centrale dans cette stratégie. À travers Compagnie Minière de l’Ogooué, le Gabon demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de minerai de manganèse.

Selon les informations publiées par Comilog, l’État gabonais détient déjà 28,9 % du capital de la société, contre 63,7 % pour Eramet.

À ce stade, les informations publiques officiellement accessibles ne permettent cependant pas de confirmer précisément :

  • le niveau exact de participation acquis par l’État gabonais dans Eramet ;
  • le montant financier total de l’opération ;
  • les modalités détaillées de gouvernance associées.

Le manganèse, ressource stratégique pour l’économie gabonaise

Le manganèse représente un pilier majeur de l’économie extractive gabonaise. Exploité principalement à Moanda par Compagnie Minière de l’Ogooué, ce minerai est utilisé notamment dans l’industrie sidérurgique.

Comilog affirme disposer d’environ 25 % des réserves mondiales connues de manganèse et se présente comme le premier producteur mondial de minerai à haute teneur.

Les performances financières récentes du groupe Eramet illustrent également le poids stratégique des activités gabonaises dans ses revenus globaux.

Dans ce contexte, l’entrée du Gabon au capital d’Eramet apparaît comme un levier destiné à :

  • renforcer la souveraineté économique nationale ;
  • accroître la captation de valeur ;
  • favoriser l’industrialisation locale ;
  • développer la transformation du manganèse sur le territoire national.

Libreville accélère sur la transformation locale

Depuis plusieurs mois, les autorités gabonaises affichent leur volonté d’accélérer la transformation industrielle des ressources minières.

Dans un communiqué publié le 27 janvier 2026, le ministère gabonais des Mines a indiqué que les discussions avec Eramet-Comilog portaient notamment sur :

  • la transformation locale du manganèse ;
  • la création d’emplois industriels ;
  • le développement des infrastructures ;
  • le renforcement des capacités énergétiques.

Le ministère affirme vouloir faire du secteur minier « un levier de souveraineté économique ».

Cette orientation vise à réduire la dépendance du pays aux exportations de minerai brut, tout en augmentant la valeur ajoutée produite localement.

Entre ambitions industrielles et contraintes structurelles

Malgré les perspectives annoncées, plusieurs défis structurels demeurent.

Une forte dépendance aux marchés mondiaux

L’économie minière reste exposée aux fluctuations des cours internationaux du manganèse. Une baisse durable de la demande mondiale pourrait affecter les revenus du secteur.

Le défi énergétique

La transformation métallurgique nécessite d’importantes capacités énergétiques. Or, les infrastructures énergétiques gabonaises demeurent confrontées à plusieurs contraintes techniques et de production.

Le gouvernement lui-même a reconnu la nécessité de renforcer les capacités énergétiques nationales afin d’accompagner l’industrialisation minière.

Le contenu local

L’industrialisation ne pourra produire des effets durables sans :

  • formation de la main-d’œuvre nationale ;
  • transfert de compétences ;
  • accès accru des entreprises gabonaises à la sous-traitance ;
  • développement d’un tissu industriel local.

La gouvernance, principal test de crédibilité

Au-delà de l’opération financière, la question centrale demeure celle de la gouvernance.

Toute participation publique dans une entreprise stratégique nécessite des mécanismes de transparence rigoureux concernant :

  • les modalités de financement ;
  • les droits de vote ;
  • les engagements industriels ;
  • les retombées économiques ;
  • les mécanismes de contrôle public.

Plusieurs économistes et acteurs de la société civile estiment qu’une publication transparente des accords serait essentielle pour garantir la crédibilité de cette stratégie.

Les enjeux concernent également :

  • la traçabilité des revenus miniers ;
  • les audits indépendants ;
  • le suivi institutionnel ;
  • la lutte contre les risques de corruption.

Dans les industries extractives, la confiance des investisseurs et des citoyens repose largement sur la transparence des contrats, des chiffres et des engagements publics.

Chiffres clés

  • 28,9 % : participation de l’État gabonais dans Comilog
  • 63,7 % : participation d’Eramet dans Comilog
  • Moanda : principal site d’exploitation du manganèse
  • 25 % : part estimée des réserves mondiales détenues par Comilog

Un tournant stratégique sous surveillance

L’entrée du Gabon dans le capital d’Eramet symbolise une volonté politique de renforcer le contrôle national sur les ressources stratégiques.

Cette orientation pourrait ouvrir une nouvelle phase d’industrialisation du secteur minier gabonais. Mais la réussite de cette stratégie dépendra autant des résultats économiques concrets que de la capacité des autorités à instaurer une gouvernance transparente, mesurable et durable.

Dans un secteur historiquement sensible, la publication des faits, des chiffres et des engagements vérifiables restera le principal indicateur de crédibilité.

 

 

 

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