Il n’était pas venu seulement pour couper un ruban. A Shanghai, pour l’ouverture de la 9e Exposition internationale d’importation de Chine (CIIE), Brice Clotaire Oligui Nguema a joué une carte rare : celle du seul chef d’Etat africain invité à prendre la parole à la cérémonie d’ouverture, présidée par le vice-Premier ministre chinois Ding Xuexiang. Pays africain invité d’honneur, le Gabon participe pour la première fois avec un pavillon national.
Par Pierre Parfait
Pour Libreville, la symbolique est double. Elle dit une amitié ancienne avec Pékin. Elle dit surtout une ambition nouvelle : ne plus vendre du brut, mais vendre de la transformation. « Le Gabon est venu à Shanghai avec un message clair : venez investir au Gabon pour construire avec nous l’édifice nouveau auquel nous rêvons », a lancé le président Gabonais. Le discours, volontairement direct, rompt avec les présentations diplomatiques habituelles.

Depuis 2023, a rappelé Oligui Nguema, le pays a fait un choix : sortir du modèle d’exportation des matières premières à l’état brut pour créer, sur place, des chaînes de valeur et des emplois pour la jeunesse. Nkok, bois, manganèse, Bélinga Le chef de l’Etat a déroulé son catalogue.
D’abord la zone économique spéciale de Nkok, présentée comme opérationnelle, avec avantages fiscaux et infrastructures logistiques. Ensuite les filières qui ont fait la réputation du Gabon : le bois, le manganèse, et le fer de Bélinga. Il a élargi la liste aux secteurs où Libreville cherche des partenaires : énergie, eau, santé, numérique,

agriculture.
Avec un argument chiffré : cinq millions d’hectares de terres arables. Il a ajouté l’économie verte, les crédits carbones, les énergies renouvelables et la pharmacopée. L’argumentaire se veut rassurant. Stabilité politique, sécurité juridique, nouveau Code des investissements, libre transfert des profits, réforme des codes du travail, minier et pétrolier.
Et une promesse devenue centrale dans le discours de la Ve République : créer une entreprise en ligne en 48 heures grâce à la digitalisation de l’administration. Un pavillon pour convaincre derrière le discours, le pavillon gabonais, coordonné par le Commissariat général aux

expositions et l’Agence nationale de promotion des investissements, sous le thème « Gabon, terre d’opportunités, de transformation, partenaire d’avenir partagé ».
On y trouve des essences de bois, des échantillons de biodiversité. Mais l’enjeu n’est pas l’exposition. Il est la conversion. Jusqu’au 10 novembre, la CIIE réunit 4 142 exposants étrangers sur 440 000 m², autour de l’industrie, de la santé, des biens de consommation, de l’agroalimentaire et des services. Dans cette masse, le Gabon tente de se faire une place à part : celle d’un pays qui ne demande plus seulement des acheteurs, mais des industriels. « Les accords commerciaux que nous signons entre Etats portent leurs fruits de manière concrète », a insisté Oligui Nguema, en évoquant « la preuve de la très longue amitié qui existe entre la Chine et le Gabon ».
Reste la question qui décidera du succès de ce déplacement : combien de promesses entendues à Shanghai se transformeront, à Nkok, à Bélinga ou dans les zones agricoles, en usines, en emplois et en contrats signés.
A Shanghai, le Gabon a vendu une vision. A Libreville, on attendra les retours

