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Gabon : Franck Nguema appelle à faire de la protection des fonds sociaux une priorité nationale

Après les révélations de la Cour des comptes, l’ancien ministre Franck Nguema, plaide pour le recouvrement des fonds, le renforcement des contrôles et la digitalisation des aides sociales.  « L’argent des pauvres doit arriver aux pauvres. » C’est autour de cette formule qu’élu local et essayiste a articulé sa déclaration publique de ce vendredi 04 septembre et dans laquelle, il appelle à une réforme profonde de la gestion des fonds destinés aux populations vulnérables au Gabon.

Par Pierre Mouchard

Cette prise de parole intervient dans le contexte des conclusions des missions de contrôle menées par la Cour des comptes au cours de l’exercice 2026. Selon les chiffres cités par Franck Nguema, l’institution aurait fait état de 1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes à recouvrer auprès de personnes dont la responsabilité financière serait engagée.

Pour l’ancien membre du gouvernement, l’ampleur de ce montant impose désormais un débat national sur la protection des deniers publics, particulièrement lorsque ceux-ci concernent les mécanismes de solidarité et de protection sociale.

Un enjeu qui dépasse les seuls chiffres

Dans sa déclaration, Franck Nguema insiste sur la signification concrète des débets et amendes prononcés dans le cadre du contrôle de la gestion publique. Il rappelle qu’un débet correspond à une somme dont le remboursement peut être exigé d’un gestionnaire public lorsque sa responsabilité financière est engagée à la suite d’irrégularités.

« Nous ne parlons pas simplement d’erreurs écrites dans des rapports. Ici, nous parlons d’argent public, de l’argent des contribuables et de responsabilités financières », souligne-t-il.

L’ancien membre du gouvernement établit également une comparaison entre le montant annoncé de 1 700 milliards de FCFA et les principales masses budgétaires de l’État pour 2026. Selon ses calculs, cette somme représenterait environ 31 % du budget rectifié de l’État et près de 80 % du budget d’investissement public.

Mais au-delà des données financières, c’est surtout la nature des secteurs concernés qui suscite son inquiétude. Il cite notamment, la sécurité sociale, les évacuations sanitaires, le Fonds des Gabonais économiquement faibles ainsi que la Cnamgs.

Pour lui, toute défaillance dans la gestion de ces ressources a nécessairement des conséquences directes sur les populations les plus fragiles.

« Derrière ces chiffres, il y a des vies humaines », affirme-t-il, évoquant notamment les familles en difficulté, les personnes âgées sans ressources et les Gabonais économiquement faibles dépendant des mécanismes d’assistance et de couverture sanitaire.

La lutte contre la pauvreté passe aussi par la protection des ressources existantes

Franck Nguema développe une idée centrale : la lutte contre la pauvreté ne consiste pas uniquement à mobiliser davantage de ressources financières, mais également à garantir que les fonds déjà consacrés aux politiques sociales atteignent effectivement leurs bénéficiaires.

Cette position rejoint, selon lui, les réflexions qu’il avait développées dans son ouvrage « La lutte contre la pauvreté au Gabon – Tome 1 : Ce qui est bon pour les Gabonais est bon pour le Gabon », dans lequel il plaidait notamment pour davantage de transparence, d’évaluation indépendante et de lutte contre l’impunité.

Dans cette perspective, le conseiller municipal de la commune d’Akanda,  considère les audits comme un préalable indispensable à toute réforme ambitieuse des politiques de lutte contre la pauvreté.

Il salue également l’action des institutions de contrôle et la volonté affichée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de renforcer la responsabilité des gestionnaires publics.

Et fait notamment référence à la déclaration du chef de l’État, le 29 août dernier à Makokou, selon laquelle, dans la Ve République, « chacun doit répondre de ses actes ».

Sept propositions pour sécuriser l’argent de la solidarité nationale

Au-delà du constat, l’ancien ministre avance plusieurs propositions destinées à renforcer la gouvernance des financements sociaux.

Il préconise d’abord, le recouvrement effectif des sommes dues à l’État lorsque des décisions judiciaires définitives ont établi les responsabilités.

Il propose également la mise en place d’un audit permanent des financements sociaux, notamment au sein de la Cnamgs, avec des mécanismes de contrôle interne réellement opérationnels et indépendants.

Parmi les autres mesures figurent :

  • l’accélération de la mise en place d’un Registre social national unifié ;
  • la digitalisation des aides et prestations sociales afin d’assurer la traçabilité des fonds ;
  • la création d’un Fonds national de lutte contre la pauvreté soumis à un audit annuel obligatoire ;
  • le renforcement de la sécurisation des paiements de la CNAMGS aux établissements et professionnels de santé ;
  • la généralisation des contrôles automatisés pour détecter les anomalies, doublons, actes fictifs et éventuelles surfacturations avant paiement ;
  • et la sécurisation de l’accès aux médicaments pour les assurés sociaux.

Pour Franck Nguema, la modernisation technologique des mécanismes de contrôle constitue désormais une nécessité. L’objectif, explique-t-il, doit être de passer d’un système de contrôle intervenant plusieurs années après les faits à un dispositif capable de détecter les anomalies en temps réel.

« Contrôler, recouvrer, sanctionner, réformer »

L’ancien ministre appelle désormais à transformer les résultats des audits en actions concrètes.

« Les audits ont ouvert la porte. Il faut maintenant aller jusqu’au bout », soutient-il.

Son approche repose sur une chaîne d’action précise : contrôler, recouvrer les fonds lorsque cela est juridiquement fondé, sanctionner lorsque les responsabilités sont établies, réformer les mécanismes défaillants et prévenir de nouvelles pertes de ressources publiques.

Pour lui, l’enjeu dépasse la seule lutte contre les irrégularités financières. Il s’agit également de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions et dans les mécanismes de solidarité nationale.

« L’argent destiné aux populations vulnérables n’est pas un argent comme les autres. C’est l’argent de la solidarité nationale », rappelle-t-il.

À travers cette déclaration, il place ainsi la question de la gouvernance des fonds sociaux au cœur du débat sur la construction de la Ve République. Son message est sans équivoque : dans un pays où la lutte contre la pauvreté demeure un enjeu majeur de politique publique, chaque franc mobilisé au nom de la solidarité doit pouvoir être suivi, contrôlé et, surtout, parvenir à son véritable destinataire.

Car, conclut-il, « chaque franc destiné à lutter contre la pauvreté doit réellement servir à lutter contre la pauvreté ».

 

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