Le Débat d’orientation budgétaire (DOB) en prélude à l’élaboration de la loi de finances 2027 a été marqué par une intervention remarquée du député d’Akanda, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi. Ancien directeur général de la Dette, l’élu a dressé un diagnostic particulièrement préoccupant de la situation des finances publiques gabonaises, appelant les autorités à faire preuve de transparence face aux défis budgétaires auxquels le pays est confronté.
Par Adèle Engo
Prenant la parole devant la représentation nationale, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a estimé que « la situation dans laquelle se trouvent les finances publiques de notre pays est catastrophique », une appréciation qu’il fonde sur son expérience de la gestion de la dette publique ainsi que sur les données contenues dans les documents budgétaires examinés par le Parlement. Selon lui, la gravité des déséquilibres financiers impose un « langage de vérité » envers les citoyens afin de préparer les réformes nécessaires.
Une dette de plus en plus orientée vers le financement du fonctionnement
Au cœur de son intervention figure la dynamique de l’endettement public. Le député a rappelé que la loi de finances rectificative 2026 prévoit un recours à plus de 1 400 milliards de FCFA d’emprunts. À ses yeux, cette évolution est particulièrement préoccupante dans la mesure où ces ressources serviraient essentiellement à équilibrer le budget de l’État plutôt qu’à financer des investissements productifs ou des infrastructures génératrices de croissance.
L’ancien responsable de la Dette estime que cette stratégie accroît durablement les charges financières du pays. Il a notamment évoqué un coût supérieur à 1 000 milliards de FCFA d’intérêts sur les dix prochaines années, auquel s’ajouteraient près de 100 milliards de FCFA de frais financiers liés aux tensions de trésorerie pour la seule année 2026. Des montants qui, selon lui, réduisent considérablement les marges de manœuvre budgétaires de l’État.
Un plaidoyer pour un assainissement des comptes publics
Au-delà du constat, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi a plaidé pour un changement de cap dans la gestion des finances publiques. S’il reconnaît que le Gabon dispose d’importantes ressources naturelles et d’un potentiel économique réel, il considère que ces atouts ne pourront produire leurs effets sans une politique rigoureuse de maîtrise des dépenses, de réduction du recours à l’endettement de fonctionnement et de restauration de l’équilibre budgétaire.
Le parlementaire a également mis en garde contre le recours répété aux opérations de refinancement ou de rééchelonnement de la dette, estimant que ces mécanismes peuvent offrir un soulagement temporaire sans résoudre les déséquilibres structurels des finances publiques. Pour lui, l’assainissement budgétaire constitue une condition préalable à toute stratégie crédible de développement économique.
Un signal politique au-delà du débat budgétaire
L’intervention revêt une portée particulière en raison du profil de son auteur. Ancien haut responsable de l’administration financière devenu député, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi apporte un éclairage technique sur des questions généralement réservées aux spécialistes des finances publiques. Son analyse intervient dans un contexte où le gouvernement prépare les orientations budgétaires de 2027 tout en poursuivant ses objectifs de redressement économique et de modernisation de la gouvernance financière.
Si aucune réponse détaillée n’a encore été apportée aux observations formulées par le député, son intervention pourrait alimenter le débat sur la soutenabilité de la dette publique, la qualité des dépenses de l’État et les arbitrages qui accompagneront l’examen du prochain projet de loi de finances. Le DOB, traditionnellement consacré aux grandes orientations économiques, s’est ainsi transformé en tribune de réflexion sur les conditions d’un assainissement durable des finances publiques gabonaises.

