La session extraordinaire des chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), tenue à Brazzaville le 22 janvier 2026, n’est pas un rendez-vous institutionnel de plus. Elle marque une alerte économique majeure dans une sous-région où les fragilités s’accumulent depuis plusieurs années, souvent masquées par les revenus des hydrocarbures.
Par Louis- Paul MODOSS ; Chroniqueur économique
La CEMAC regroupe six pays, dont le Gabon, autour d’une monnaie commune, le franc CFA BEAC, et d’un cadre de politiques macroéconomiques partagées. Selon la Banque mondiale, cet ensemble vise à garantir la stabilité monétaire et une croissance durable. Or, les indicateurs récents montrent que cet objectif est aujourd’hui sérieusement mis à l’épreuve.
Des indicateurs au rouge, sans dramatisation excessive
Pourquoi une réunion exceptionnelle ? Parce que plusieurs signaux d’alerte convergent. La croissance économique régionale reste trop faible pour absorber la croissance démographique et créer suffisamment d’emplois. Les finances publiques sont sous tension, avec des déficits persistants et une mobilisation fiscale insuffisante. À cela s’ajoute une érosion des réserves de change, qui réduit la capacité des États à faire face aux chocs externes.
Ces constats sont largement documentés par la Banque mondiale et repris dans le communiqué final du sommet de Brazzaville. Ils ne relèvent ni de la spéculation ni d’un discours alarmiste, mais d’une lecture factuelle de la situation macroéconomique.
Crise passagère ou problème de fond ?
Une partie des difficultés actuelles est conjoncturelle, liée notamment à la volatilité des prix des matières premières. Mais l’essentiel est ailleurs. Les économies de la CEMAC demeurent structurellement dépendantes des hydrocarbures, peu diversifiées et vulnérables aux chocs externes. Ce diagnostic est constant dans les analyses de la Banque mondiale.
C’est là que le sommet de Brazzaville prend tout son sens : il ne s’agit plus seulement de gérer l’urgence, mais de corriger des faiblesses anciennes qui freinent le développement économique et social de la sous-région.
Pressions internationales et marge de manœuvre politique
Le Fonds monétaire international, partenaire clé de plusieurs États de la CEMAC, appelle à une discipline budgétaire renforcée, à des réformes structurelles crédibles et à une diversification accélérée des économies. Ces exigences sont connues et largement assumées par les autorités régionales.
Mais une question demeure : jusqu’où ces réformes peuvent-elles être mises en œuvre sans fragiliser davantage les populations ? Sur ce point, la prudence s’impose. Il n’existe pas, à ce stade, d’évaluation indépendante et récente permettant de mesurer précisément l’impact social des ajustements envisagés. Par conséquent, toute affirmation catégorique sur un risque ou une absence de risque social serait infondée.
Ce que cela peut changer pour les citoyens
Pour les populations, les effets ne seront ni immédiats ni spectaculaires. À moyen terme, une meilleure stabilité macroéconomique pourrait permettre aux États d’améliorer la gestion des finances publiques et d’investir davantage dans les services essentiels. Mais cette perspective dépend entièrement de la mise en œuvre effective des réformes annoncées, un point sur lequel la région a historiquement montré ses limites.
Le Gabon face à ses responsabilités
Pour le Gabon, membre central de la CEMAC, le sommet de Brazzaville pose une question stratégique : cette séquence marquera-t-elle enfin un changement de modèle, ou s’ajoutera-t-elle à la longue liste de réformes inachevées ?
La dépendance aux ressources naturelles, soulignée par les institutions internationales, reste un défi majeur. La diversification économique, le développement du capital humain et l’amélioration du climat des affaires apparaissent comme des leviers incontournables pour renforcer la résilience de l’économie nationale.
Une opportunité à saisir, mais un test de crédibilité
Malgré la gravité de la situation, Brazzaville peut constituer une opportunité de rupture. La Banque mondiale insiste sur la nécessité de transformer la richesse naturelle de la région en développement durable et inclusif. Encore faut-il que les engagements politiques se traduisent en actions concrètes.
Le sommet a posé un diagnostic largement partagé. Le véritable enjeu commence maintenant. En Afrique centrale, la stabilité économique ne se décrète pas lors des sommets : elle se construit dans la durée, par la cohérence et la constance des réformes.

