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‎Tribune libre : Peine de mort et crimes rituels au Gabon : une réponse interdite par le droit international et inefficace face à l’impunité

Le débat sur un éventuel rétablissement de la peine de mort au Gabon, notamment pour sanctionner les auteurs crimes rituels, se heurte à une double réalité : des engagements juridiques internationaux contraignants et un historique judiciaire marqué par l’absence quasi totale de condamnations dans ce type d’affaires.

Par Louis-Paul MODOSS Analyste économique et politique, Citoyen gabonais engagé

 

Un cadre juridique clair et contraignant

‎Le Gabon a officiellement aboli la peine de mort en 2010. Cette décision a été renforcée en 2014 par l’adhésion du pays au Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), un traité des Nations unies visant à l’abolition définitive de la peine capitale.

‎En ratifiant ce protocole, l’État gabonais s’est engagé de manière irrévocable à ne pas réintroduire la peine de mort dans son arsenal juridique. Le texte interdit explicitement toute restauration de cette sanction, quelles que soient les circonstances ou la nature des crimes concernés.

Conclusion juridique : toute tentative de rétablissement de la peine de mort placerait le Gabon en situation de violation manifeste de ses engagements internationaux en matière de droits de l’homme, engagements auxquels il a librement et souverainement souscrit.

‎‎Une mesure ciblée sur les crimes rituels

‎La peine de mort évoquée dans le débat public viserait essentiellement les auteurs de crimes rituels, des actes particulièrement choquants qui suscitent une forte émotion au sein de la population. Toutefois, l’analyse des faits et de l’historique judiciaire soulève de sérieuses interrogations quant à la pertinence et à l’efficacité d’une telle mesure.

‎‎Quarante ans de crimes, très peu de condamnations

‎Les premiers scandales médiatisés liés aux crimes rituels au Gabon remontent aux années 1980. Depuis lors, ces crimes n’ont pas disparu ; au contraire, ils se sont multipliés au fil des décennies. Pourtant, les condamnations judiciaires demeurent extrêmement rares.

‎‎Le seul cas notable reste le procès du sénateur Gabriel Eyeghe Ekomie en 2011, condamné pour des faits liés à des crimes rituels. Après cette affaire, aucune autre condamnation majeure de commanditaires ou de réseaux organisés n’a été enregistrée. Entre 2012 et 2015, une recrudescence de ces crimes a même été observée, sans que des responsables clairement identifiés ne soient interpellés ou jugés.

Un contraste frappant avec les crimes de droit commun

‎Un constat s’impose : au Gabon, les forces de sécurité et la justice procèdent régulièrement à des interpellations et à des poursuites pour des infractions de droit commun telles que les braquages, les viols, les vols aggravés ou les homicides classiques.

‎En revanche, lorsqu’on examine les arrestations et les poursuites liées spécifiquement aux crimes rituels depuis les années 1980, celles-ci représentent une proportion quasi inexistante. Cette disparité interroge sur la capacité réelle du système judiciaire à identifier et à traduire en justice les auteurs de ces crimes particuliers.

Une sanction sans portée réelle ?

‎Dans ces conditions, l’hypothèse d’une peine de mort apparaît largement théorique. Faute d’enquêtes abouties et de poursuites effectives, cette sanction risquerait de ne concerner qu’un nombre infime de suspects, voire aucun, et donc de ne produire aucun effet dissuasif concret.

L’enjeu central : l’efficacité de la justice

‎Au regard de ces éléments, la priorité semble moins résider dans l’alourdissement des peines que dans le renforcement de la transparence, de l’indépendance et de l’efficacité des enquêtes policières et judiciaires. L’identification des commanditaires, la constitution de dossiers solides et la tenue de procès équitables apparaissent comme les leviers essentiels pour lutter contre les crimes rituels.

‎Dans ce cadre, des peines lourdes prévues par le droit en vigueur, notamment la réclusion criminelle à perpétuité, offrent déjà une réponse pénale sévère et conforme aux engagements internationaux du Gabon.

‎En définitive, le débat sur la peine de mort révèle surtout les limites structurelles de la lutte contre les crimes rituels. Sans une justice capable d’enquêter, de poursuivre et de condamner efficacement, aucune sanction, aussi extrême soit-elle, ne saurait constituer une solution durable.

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