Economiste sénégalais de renom et enseignant à la faculté des sciences économiques et de gestion de l’université Cheick Anta Diop (UCAD), le Pr Amath Ndiaye a pris, début 2026, le contre-pied du narratif de certains ‘’panafricanistes’’ qui soutiennent mordicus que le CFA utilisé par 15 pays francophones serait à l’origine des pays les moins avancés du continent africain.
Les Pays les Moins avancés (PMA) sont une catégorie de pays très défavorisés définie par l’ONU. Ils sont caractérisés par de faibles revenus, des handicaps structurés graves, un faible capital humain et une vulnérabilité économique. l’objectif de la classification des PMA permet que cette catégorie reçoive un soutien ciblé de la communauté internationale, incluant l’aide technique, l’accès préférentiel aux marchés et l’assistance au renforcement des capacités.
Selon une certaine opinion, le Franc CFA serait donc à l’origine de cette situation économique difficile pour les pays qui utilisent cette monnaie. Faux, rétorque le Pr Amath Ndiaye, économiste de renom, enseignant à la faculté des sciences économiques et de gestion de l’université Cheick Anta Diop (Dakar-Sénégal) : selon ce dernier, «Le débat public africain attribue souvent au FCFA la responsabilité du sous-développement et du maintien de nombreux africains dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA) », or, indique l’économiste, « une lecture des données des nations unies montre que cette accusation ne résiste pas à l’analyse.»
«Selon la liste officielle des PMA établie par l’organisation des nations unies pour l’année 2024, l’Afrique compte 32 PMA. Parmi eux, seuls 10 pays appartiennent à la zone FCFA , soit 31,25%. Et si l’on exclut le Sénégal, engagé depuis 2024 dans un processus de sortie de PMA, il ne reste plus que 9 pays CFA sur 31 pays africains, soit 29%», soutient l’économiste. Autrement dit, «70% des PMA africains sont donc hors zone CFA, avec leurs propres monnaies et, pour la plupart, des régimes de change flexibles », poursuit le Pr Amath Ndiaye.
Autant dire que ce constat fait sur les statistiques est «décisif» pour le Pr Ndiaye : «le franc CFA ne peut pas être la cause principale de l’existence des PMA en Afrique, puisque la majorité écrasante des PMA africains n’utilisent pas le CFA. Autrement dit, le sous-développement n’est pas d’abord une question de régime monétaire. Les véritables déterminants du statut de PMA sont bien connus», indique-t-il.
«La faible densité productive, la dépendance aux matières premières, l’insuffisance du capital humain, les déficits d’infrastructures, la vulnérabilité aux chocs climatiques et sécuritaires, la mal gouvernance économique, la corruption », constituent, selon le Pr Amath Ndiaye, ces véritables déterminants.
Pour l’universitaire, «l’expérience montre par ailleurs que le franc CFA a plutôt contribué à la stabilité macroéconomique, notamment par des taux d’influence parmi les plus bas en Afrique, condition nécessaire -même si elle n’est pas suffisante- pour un développement durable. La sortie progressive de pays CFA du statut PMA, comme le Sénégal, illustre que le cadre monétaire n’est pas un obstacle au développement.»
Enfin, selon le professeur: «Le Grand défi africain est avant tout productif, structurel et institutionnel, bien plus que monétaire», pour sortir les pays CFA du statut PMA.
Louis Biyhang

