« Il n’est de richesse ni de force que d’hommes », écrivait Jean Bodin. Cette affirmation trouve aujourd’hui un écho particulier au Gabon, où la question du capital humain se pose avec acuité, au moment même où le secteur éducatif traverse une période de grève révélatrice de fragilités structurelles.
Louis-Paul MODOSS ; Chroniqueur économique
Le capital humain, pilier de la compétitivité nationale
Dans un environnement économique mondial dominé par la connaissance, l’innovation et la transformation numérique, la compétitivité d’un pays dépend avant tout de la qualité de ses ressources humaines. Pour le Gabon, engagé dans un processus de diversification économique, le capital humain représente un facteur déterminant de croissance durable.
Cependant, cet investissement stratégique ne peut produire ses effets sans un système éducatif stable, performant et attractif. Or, la grève actuellement observée dans le secteur de l’éducation met en lumière les limites d’un modèle encore insuffisamment adapté aux enjeux contemporains.
La grève dans l’éducation : un signal économique à ne pas ignorer
Au-delà de sa dimension sociale, la grève qui affecte le secteur éducatif constitue un signal économique fort. Elle traduit des dysfonctionnements structurels : conditions de travail des enseignants, gouvernance du système éducatif, financement, reconnaissance du rôle stratégique de l’éducation dans le développement national.
Chaque jour de perturbation du système scolaire et universitaire représente un coût économique latent : désorganisation des parcours de formation, retard dans l’acquisition des compétences, fragilisation du capital humain futur. À terme, ces interruptions affectent directement la productivité nationale et la capacité du pays à répondre aux besoins de son économie.
L’éducation, un investissement structurel et non une dépense conjoncturelle
La crise actuelle rappelle que l’éducation ne peut être traitée comme une simple variable budgétaire. Elle doit être considérée comme un investissement structurel, nécessitant une planification rigoureuse, une gouvernance efficace et un dialogue social permanent.
Renforcer le secteur éducatif implique :
- une revalorisation du métier d’enseignant,
- une meilleure organisation administrative,
- l’adéquation entre formation et besoins du marché du travail,
- des investissements durables dans les infrastructures et les outils pédagogiques.
Sans ces réformes, les tensions sociales risquent de se répéter, compromettant la continuité de la formation et la constitution d’un capital humain compétitif.
Investir dans l’homme pour répondre aux attentes du développement
Le développement économique du Gabon repose sur sa capacité à former des citoyens qualifiés, capables de soutenir l’industrialisation, la transformation locale et l’innovation. La grève actuelle souligne que l’investissement dans l’homme commence par l’investissement dans ceux qui le forment.
Un secteur éducatif apaisé, performant et valorisé est une condition essentielle pour :
- réduire le chômage des jeunes,
- développer un savoir-faire local abondant,
- renforcer la compétitivité des entreprises,
- attirer des investissements privés.
Transformer la crise en opportunité
La grève qui prévaut dans le secteur éducatif ne doit pas être perçue uniquement comme une contrainte, mais comme une opportunité de refondation. Elle invite à repenser le rôle central de l’éducation dans la stratégie économique nationale.
En plaçant le capital humain au cœur des priorités publiques et en traitant l’éducation comme un pilier du développement, le Gabon peut transformer ses défis actuels en leviers de croissance durable. Car, au-delà des ressources naturelles, la véritable richesse du pays réside dans la qualité de ses hommes et de ses femmes.

