Une vague de mécontentement s’empare des foyers gabonais face au projet gouvernemental d’instaurer une taxe d’habitation. Cette initiative suscite une réaction virulente, notamment de la part du Syndicat des travailleurs des industries minière et métallurgiques du Gabon (STRIMM), qui la juge « injuste » et « inadmissible ».
Le manque de logements au Gabon est un problème bien connu, avec des milliers de travailleurs vivant dans des conditions précaires, confrontés à un coût de la vie exorbitant. Dans ce contexte difficile, le STRIMM considère l’imposition d’une nouvelle taxe comme un « cynisme déconcertant ». Joscelain Lebama souligne que le logement est un droit fondamental, ancré dans les valeurs de la société, et ne devrait pas être traité comme un simple produit de spéculation fiscale, dénonçant ainsi un « fardeau supplémentaire » pour des ménages déjà en grande difficulté.
Les salariés déjà ponctionnés : une double imposition inacceptable
L’indignation du syndicat s’appuie sur un constat indéniable : les travailleurs contribuent déjà au financement du logement. Chaque mois, environ 3 % de leurs salaires sont versés au Fonds National de l’Habitat (FNH), qui a pour mission de construire des logements abordables, de faciliter l’accès à la propriété, d’améliorer les quartiers défavorisés et de réduire le déficit en logement social. Selon un responsable syndical, ces prélèvements automatiques pèsent lourdement sur les budgets des familles, et demander une contribution supplémentaire alors qu’un système en place fonctionne depuis des décennies est tout simplement illogique. Les cotisations mensuelles, supportées par les employés du secteur public et privé, représentent déjà un effort significatif. Il est donc difficile de comprendre pourquoi il faudrait encore alourdir cette charge alors que des mécanismes de financement efficaces existent depuis longtemps.
Sept milliards et demi de francs CFA : l’État dispose des moyens
L’État a prévu une allocation de 7,5 milliards de francs CFA dans le budget 2025 pour soutenir le FNH, en plus des cotisations salariales. Cette somme, si elle est utilisée de manière appropriée, pourrait permettre le développement de projets d’envergure. La récente réaffectation du FNH au ministère de l’Habitat vise à améliorer la transparence et l’efficacité dans la gestion de ces fonds publics. Cependant, le STRIMM souligne que le véritable problème réside dans une gouvernance défaillante plutôt que dans un manque de ressources. Les antécédents de mauvaise gestion du FNH, notamment lors de son intégration à la Caisse des Dépôts et Consignations, ont érodé la confiance des citoyens, un constat que le ministre de l’Habitat a lui-même reconnu en qualifiant le Fonds de « dévoyé ». Face à cette situation, le syndicat exige une réforme radicale de la gouvernance du FNH, une transparence totale sur l’utilisation des fonds publics, la publication systématique des projets financés et la protection des ressources contre tout détournement. Joscelain Lebama affirme que tant que ces mesures ne seront pas mises en place, toute nouvelle imposition fiscale ne pourra être justifiée, les Gabonais ne pouvant plus accepter de financer un système inefficace et mal contrôlé.
Une bombe sociale à retardement
Cette taxe d’habitation toucherait une large frange de la population, incluant salariés, locataires et familles à revenus modestes, ainsi que ceux qui ne possèdent pas de biens immobiliers. Ses conséquences seraient catastrophiques, affectant l’ensemble du tissu social. Les propriétaires, face à cette nouvelle charge, n’hésiteront pas à augmenter les loyers, déjà exorbitants dans les grandes villes. Le pouvoir d’achat, déjà affaibli, subirait une pression supplémentaire, aggravant ainsi la précarité urbaine qui ne cesse de croître.

