La récente annonce de la Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH) dans le Projet de Loi de Finances 2026 (PLF 2026) relance un débat récurrent au Gabon : comment concilier besoins financiers de l’État et acceptabilité sociale de la fiscalité ? La TFH, prélevée via les factures d’électricité, est présentée par les autorités comme un moyen d’élargir l’assiette fiscale et de renforcer les recettes publiques. La SEEG, société en charge de la distribution, n’est qu’un intermédiaire technique, sans vocation à bénéficier de ces fonds.
Par Louis-Paul MODOSS ; Chroniqueur économique
Le gouvernement justifie la TFH par la nécessité de financer le développement des infrastructures et des services publics, mais l’opinion publique exprime un scepticisme croissant. Ce contexte est alimenté par le coût de la vie élevé, le chômage et une série de taxes déjà existantes, dont l’impact concret reste difficile à évaluer.
Les taxes existantes : un diagnostic mitigé
Avant la TFH, plusieurs contributions pèsent sur les consommateurs :
- Contribution pour les ordures ménagères (COM) : prélevée sur les factures d’électricité, elle a généré environ 7,2 milliards FCFA en 2022, et 22 milliards FCFA cumulés de 2019 à 2022. Pourtant, les problèmes d’insalubrité persistent, et aucune évaluation publique ne relie clairement ces recettes aux résultats obtenus.
- Redevance audiovisuelle et cinématographique (RAC) : sa vocation officielle est la promotion de l’audiovisuel et du cinéma, mais aucun chiffre annuel officiel n’est publié, ni la liste des projets financés.
- Contribution spéciale de solidarité (CSS) : destinée au Fonds des Gabonais économiquement faibles, notamment via la CNAMGS. Là encore, les montants collectés et leur utilisation concrète ne sont pas accessibles au public.
- Contributions spéciales liées à l’eau et à l’électricité (CSEE) : prévues dans les barèmes et lois de finances, elles financent les infrastructures, mais aucune ventilation détaillée des dépenses n’est disponible publiquement.
Ce constat montre un déficit de transparence et de lisibilité : les citoyens paient, mais ignorent l’impact réel de leurs contributions sur les services publics.
Un problème de confiance et d’acceptabilité sociale
La question centrale n’est pas le principe de la TFH, mais la confiance des citoyens dans l’usage des ressources publiques. Les scandales récents liés à la gestion des fonds publics ont fragilisé cette confiance, et tout prélèvement supplémentaire est perçu avec méfiance.
Dans ce contexte, la TFH est considérée par une partie de l’opinion comme une charge supplémentaire difficilement soutenable, surtout si les taxes antérieures n’ont pas produit de résultats tangibles. L’acceptabilité sociale de toute nouvelle taxe dépend donc autant de la transparence que de la justification de l’usage des fonds.
Vers une fiscalité plus efficace et crédible
Le Gabon a indéniablement besoin de ressources supplémentaires pour financer les infrastructures, l’eau, l’électricité et le développement social. Cependant, plusieurs leviers alternatifs pourraient être envisagés pour renforcer les finances publiques sans accroître la pression sur les ménages :
- Améliorer l’efficacité de la dépense publique : revoir les priorités, réduire le gaspillage et le train de vie de l’État.
- Rendre publiques et accessibles les données sur les recettes et leur utilisation : transparence totale sur les taxes existantes (COM, RAC, CSS, CSEE).
- Évaluer l’impact réel des taxes : quels résultats concrets en termes de services publics ont été obtenus pour chaque franc collecté ?
En conclusion, la TFH soulève une question économique et sociale majeure : comment financer le développement sans compromettre le pouvoir d’achat et sans renforcer le sentiment d’injustice fiscale ? La solution ne réside pas uniquement dans l’instauration de nouvelles taxes, mais dans la transparence, la rigueur de la dépense publique et l’évaluation de l’impact des prélèvements existants.
Sans ces éléments, toute nouvelle taxe, même légitime sur le plan fiscal, risque d’accentuer les tensions sociales et de rester inefficace.

